UTAT challenge – 5 et 6 octobre 2019 – 68 km et 4000 D+ en deux jours

Résultat de recherche d'images pour "UTAT challenge"

Voilà une course que j’attends avec une grande impatience ! Partir 4 jours en bande avec les 17 copains d’xrun, dormir dans un dortoir tous ensemble, se gaver des paysages magnifiques de l’Atlas, déguster des tajines, que du bon !
Quand xrun nous a proposé cette expédition en groupe, je n’ai pas hésité une seconde, ces trucs en bande c’est pour moi. Et c’est l’opportunité de refaire un Trail sur deux jours 3 mois après la XL race où je me suis régalé, et continuer à m’habituer à ce format dont je pressens qu’il me convient particulièrement. Quelque part l’UT4M attend son heure, mais aussi le GR20 en Corse avec xrun en juillet prochain.
Petit retour arrière sur la phase d’entraînement : après la XL fin mai, j’ai eu une grosse période de flegme, d’environ 6 semaines, avec 2 sorties par semaine en moyenne, et très peu d’envie. Pourtant la course s’était bien passée et j’avais la sensation de terminer très bien physiquement. Seulement voilà : pas d’objectif à court terme = peu de motivation. C’est un constat, je tombe facilement dans la glandouille quand je ne dois pas suivre rigoureusement un plan pour me préparer à une course.
Durant cette « phase molle », j’ai parlé à Julien les samedis matin qui me rassurait « cool, laisse revenir tranquillement, tu as fait un gros truc ». Malgré cela, je culpabilisais …
Mi juillet il est temps de s’y remettre : les vacances approchent, 5 semaines à l’île d’Yeu puis une semaine en Provence près du Ventoux. Je demande à Julien de me préparer un plan costaud qui remettra du volume et de l’allure (l’île d’Yeu, c’est très plat).
J’enquille le plan avec beaucoup de plaisir, il est pourtant très exigeant, mais j’ai retrouvé de l’envie. Les séances EPI13, 14, 15 … m’emmènent sur du fractionné long très costaud que je n’avais jamais fait. Je me revois faire ces séances hyper dures sur la côte sauvage de l’île d’Yeu avec Christine, une copine coureuse, que j’ai entrainé dans cette galère et qui maudissait ces « EPI ».
A l’île d’Yeu je fais à deux reprises une séance « tour de l’Ile » de 28 km. En Provence, je continue sur ma lancée en ajoutant du dénivelé, avec en off le Trail de la Drôme (26k / 1100 D+) et, le lendemain, le tour des Dentelles de Montmirail (24k / 900 D+). Je me sens très en forme et je prends beaucoup de plaisir.
De retour à Boulogne, je mets tout de suite en place les recettes qui m’avaient permis de bien préparer la XL race : en plus des 4 séances hebdomadaires du plan, j’ajoute 2 séances de dynamo cycling de 45 mn chacun. Ces séances de vélo à résistance, coachées en musique, sont excellentes pour le renforcement, le gainage et la PPG. Je suis rigoureusement le plan concocté par Julien, qui me semble d’ailleurs plutôt facile.
Le 15 septembre, 3 semaines avant l’UTAT, je fais le Trail de la trifouillette (26k / 600 D+) en 2h46. Tout va bien. Julien m’envoie un SMS « tu es prêt ». Tout est dit !

 

Jeudi et vendredi : arrivée à Oukamaiden, repérage et bon temps

Ce voyage entre xrunners est d’entrée de jeu hyper sympa : on sent un plaisir immense d’aller ensemble à l’aventure, et l’envie et le stress liés à la course. Il y a ceux que je vois tous les samedis (Nat, Yasmine, Julien et Saadia, Laurence et Olivier, Yves, Jean-Philippe, Pascal, Sophie) les retrouvailles de ceux qui étaient à la transju en 2018 (Stéphanie, Eric, Maxime …) et les nouveaux (Anaïs, Alain, Hervé, Emmanuel).
Et ça raconte ses exploits, ça discute matériel, ça fait un peu le malin en racontant ses exploits, ça évoque ses bobos, ça donne des conseils, ça encourage … des xrunners quoi !
Le vendredi, chacun vaque ici ou là, on déjeune tous ensemble de magnifiques Tajines, on se régale des paysages et on révise son matos. Une petite randonnée en fin d’après midi nous permet de nous dégourdir les jambes et de repérer un peu la topographie.
Je me sens bien. Je le sens bien. J’ai les crocs.
Vite, au lit.
Un peu avant minuit je suis réveillé par le barouf du départ du 105 km : je me précipite en pyjama pour aller sur la ligne de départ voir s’élancer Saadia, notre star un peu givrée qui se lance dans ce défi monstrueux seulement quelques mois après avoir accouché ! Chapeau Saadia.

 

Samedi : marathon de l’Atlas (42k / 2600 D+)

Nous sommes 9 partants d’xrun sur le marathon, dont 4 pour le challenge, qui doivent donc gérer leur course pour repartir demain : Julien, Yasmine, Pascal et moi. Les autres sont Yves, Eric, Sophie, Stéphanie, Maxime, Laurence et Olivier.
5 h du matin, enfin le départ ! Après quelques km de plat, nous attaquons tranquillement la première montée de 10 km / 600 D+. Il fait nuit, et le lever de soleil nous attend en haut. Nous restons groupés tous les quatre, et c’est très sympa de faire cette montée ensemble. Nous avons envie de passer un maximum de la course ensemble, et comme on sait bien que cela ne va pas durer, on profite du plaisir du moment.
La montée est douce, facile et se passe bien : je n’ai pas le sentiment d’avoir des difficultés supplémentaires du fait de l’altitude (2500 m). En haut le spectacle du lever de soleil est à couper le souffle. Nous attaquons la première descente qui va durer 10 km / 1000 D- : Julien attaque, j’essaye de le suivre mais il va trop vite, et je laisse Yasmine et Pascal derrière. J’essayer de laisser de côté mes appréhensions en descente et je me débrouille plutôt bien, je ne me fais pas beaucoup doubler, pour une fois. Arrivé en bas, on longe un ruisseau et le terrain n’est pas très agréable, je galère un peu.
20 km : premier ravito. J’y croise Eric qui repart, et j’y retrouve Sophie et Julien. Je n’ai pas beaucoup bu et je n’ai pas très faim, donc je reste peu de temps, juste histoire de croquer quelques noix de cajou. Je sais ce qui m’attend : la grosse montée de 10 km / 1300 D+.
Je repars en même temps que Julien et j’attaque avec détermination : les grosses côtes, c’est mon point fort. Je marque le rythme, concentré sur ma respiration et mes sensations, tout en maîtrisant pour ne pas me cramer. Je distance Julien. Je repère 500 mètres devant moi Eric et Sophie, et je me cale à peu près sur leur rythme. Assez vite je réalise que je les rattrape doucement, je résiste à la tentation d’accélérer tout en me disant que ça va être sympa de les rattraper !
Je les rattrape, et je les double : je vois tout de suite que ça les stimule et qu’ils n’ont pas l’intention de me laisser filer. Durant toute la montée, on joue à devant / derrière. A un moment donné, coup de barre : j’ai comme une fringale, plus de jus. Je m’assieds et avale tranquillement une barre salée, en laissant Sophie me doubler. Eric est déjà devant nous.
Je repars, et vite je retrouve mon rythme. J’arrive en haut plutôt en bon état, en même temps que Sophie. Pause vidange, coup d’œil au paysage, et c’est reparti.
La descente est très technique, j’en bave mais ne mollit pas. Sophie me colle un énorme vent, je la vois partir comme une balle, je ne la reverrais plus. Je descends de façon maîtrisée en essayant avant tout de ne pas me blesser. A deux reprises je me tords la cheville, elle résiste bien et j’évite l’entorse. En bas, on rejoint une petite route qui serpente dans la vallée, j’accuse un peu la fatigue et je ralentis. De toutes façons les 8h que j’avais envisagées m’apparaissent inatteignables, et je me garde en tête que je dois finir cette course en forme pour repartir demain.
A l’arrivée au ravito n°2, c’est la catastrophe. Je ne me sens pas bien, comme au ralenti. Je suis barbouillé, un peu comme dans du coton. Je prends mon temps, Eric qui est là me demande gentiment si ça va. J’ai un gros sentiment de lassitude et je me demande comment je vais finir. Je sais que je vais repartir mais là, maintenant, il n’y a pas plus de gaz. Je prends mon temps, recharge en eau, et je décide de ne pas remettre de boisson isotonique car j’ai ce goût sucré qui m’écœure.
Je finis par repartir : côte dans le village hyper raide, puis je m’assieds pour vider les petits cailloux que j’ai dans les chaussures. Je suis toujours ko. Je repars doucement. Il reste une très grosse côte de 4km / 600 D+ (lors du briefing, il nous a dit à quel point celle-là serait dure), j’essaye de reprendre mes esprits et je mets un pied après l’autre.
Après 2 km j’entend Nat et Jean-Phi qui m’appellent : trop sympas les xrunners ils sont venus jusqu’ici nous soutenir ! Je les retrouve avec joie, on discute 2/3 minutes, ils m’encouragent, je repars !
Le truc qui se passe alors est étonnant : cette montée très difficile, très raide et technique, est pour moi une expérience quasi mystique. Hyper concentré, je suis dans un état second, chaque pas est ressenti à 100%, je me sens hyper bien et complètement « dedans », impliqué de tout mon corps dans l’effort, sans avoir le sentiment de souffrir. J’aimerais que cette côte dure éternellement.

Leçon : on peut être hyper mal à un moment, et hyper bien très peu de temps après.

J’arrive en haut : je sais que Yves, Maxime, Sophie, Eric sont devant. Je me rappelle une nouvelle fois les mots de Philippe Hérisson : « chez xrun, on termine en courant, pas en marchant ! ». J’aurais pourtant bien envie de marcher, mais je relance doucement. Il y a 4 km jusqu’à l’arrivée, c’est interminable mais je ne lâche pas, je cours dès que le terrain le permet. Dans les 2 derniers km, je double plusieurs coureurs qui marchent. Je regarde ma montre, bientôt 9h depuis le départ, ça me stimule d’arriver en moins de 9h, j’accélère mais ça va être quand même compliqué.
Dans les dernières centaines de mètres je double Eric !!! Je l’imaginais irrattrapable, je passe la ligne une ou deux minutes avant lui, hyper fier de ce finish.
Je termine en 9h11, 78èmesur 158, en bon état.
Sandwich, douche, massage, et je reviens accueillir les potes sur la ligne d’arrivée. Ils sont tous finishers, les étoiles dans les yeux.
Nous dînons chez Juju, petit resto plus sympa que la cantine de la course. A 10h je vais me coucher, je dois récupérer pour demain.

 

Dimanche : virée d’Ikiss (26k, 1400 D+)

Nous sommes une dizaine de xrunners sur la ligne de départ. Il y a plusieurs routards qui font ici leur premier trail, et ils commencent avec un sacré défi ! Mes 3 camarades du challenge ont décidé de ne pas partir sur le deuxième jour, je suis le seul à enchaîner, un peu triste mais d’attaque. Je me sens vraiment bien : naturellement j’ai les jambes lourdes, mais je sais que ça va le faire, que les sensations vont vite revenir.
L’attente sous la tente est un peu longuette, mais on se marre bien et tout le monde a la pêche. On donne des conseils sur l’utilisation des bâtons, et on redit encore à ceux qui font leur premier trail : « allez-y mollo au début ! ».
Nous partons avec une petite ligne droite suivie d’une première montée de quelques km. Je suis avec Nat, Alain et Hervé. Jean-Phi est parti comme une balle, je n’ai aucune prétention de ce côté-là. Mon objectif, c’est de tenir Nat, et j’imagine que ça va être difficile.
Après le premier col, on attaque la seule et unique descente du trail, très longue : 14 km et 1300 D-. Je me régale dans cette descente qui n’est pas trop technique, juste ce qu’il faut. Je me sens bien, et je double pas mal de monde, une fois n’est pas coutume !
Nat était avec moi au col et maintenant elle est derrière. Je déroule, je suis bien, je pense à m’alimenter car hier je m’y suis peut-être pris un peu tard. J’apprécie énormément la viande des grisons et le comté que Sophie m’a légué !

Leçon : prendre de la viande des grisons et du comté !

Je reste très peu de temps au ravito, juste pour remplir les flasques. Je repars, toujours assez frais. Je déroule tranquillement dans la descente légère qui emmène jusqu’au fond de la vallée. Je profite des paysages et surtout des « give me five ! » avec les gamins des villages. C’est très joyeux, sympa, amusant. Les paysages sont superbes. La course moins exigeante que celle d’hier.
Je sais qu’il n’y a que Jean-Phi devant moi : ça me stimule, je veux rester à cette deuxième position et ne pas me laisser rattraper par Nat. Régulièrement je regarde derrière : je ne la vois pas.
Arrive la montée qui va nous emmener jusqu’à l’arrivée : la première partie est plutôt douce et se passe bien, puis voici un plateau avec des arbres magnifiques, et enfin le dernier point de contrôle avant la dernière côte qui est vraiment, vraiment très pentue. Comme hier, je l’attaque avec sérénité, parce que j’aime les côtes. Contrairement à hier, je suis obligé de ralentir, les jambes commencent à accuser la fatigue. Je tombe sur Yves et Eric, super heureux d’avoir à nouveau un soutien dans un moment d’effort !
Puis la dernière partie de la côte est une belle surprise, une pente douce à flanc de montagne. En haut Yasmine me fait une fête d’enfer, Pascal est au shooting photo, quel accueil ! Voici le dernier km de descente, Maxime est embusqué pour une photo magique (merci à vous deux ces images sont superbes !).
J’arrive en bas où je retrouve Julien qui est hyper content de m’accueillir 500 mètres avant l’arrivée. J’en pleure quasiment de joie d’avoir tous ces contacts amicaux, ça m’émeut, je pense à coach Julien et à son soutien, je termine cette course en super état avec un plaisir énorme.
Sur la ligne d’arrivée tous les xrunners qui ne courent pas aujourd’hui sont là.
C’est trop bien.
10 minutes plus tard, j’accompagne Nat pour franchir la ligne d’arrivée. Elle me raconte avoir cherché à me rattraper tout au long de la course. On était bien en challenge tous les deux !

 

Bilan :

J’ai terminé le marathon samedi en 9h11, 78èmesur 158
Je finis la virée d’Ikiss en 4h59, 60èmesur 171.
Sur le challenge, je finis en 14h10, 35èmesur 87

Jusqu’à présent le classement, ça m’était plutôt égal. Je ne sais pas trop pourquoi, mais cette fois-ci, je n’y suis pas insensible, et je suis plutôt fier de moi.

 

Lors de cette course j’ai appris :

  • Qu’il faut s’alimenter très tôt, au risque d’avoir une fringale
  • Que la viande des grisons, le comté, les sandwiches, ça la fait grave !
  • Qu’après un moment très difficile, on peut vite se sentir très très bien.
  • Que partir en bande décuple le plaisir la course, et que je m’éclate à voir les autres réussir. L’émotion est complètement contagieuse (Anais, Alain, je suis ému rien qu’en repensant à vous !)
  • Qu’il faut mettre son eau dans le camel bag et la boisson isotonique dans les flasques, pour éviter qu’elle chauffe (merci Pascal)
  • Que je dois soigner mon aponévrose du pied droit qui m’a quand même cassé les pieds (c’est le cas de le dire !)

 

Prochain objectif : la Corse en juillet 2020
Puis : les Templiers en octobre, peut être mon premier long (78 k), ça me chatouille.
Et : l’UT4M en juillet 2021, 4×42 km sur 4 jours.

Mais tout de suite : trouver un objectif d’ici peu pour ne pas mollir !

Thibault Vignes