Sebastien Arnould a également bravé les dénivelés de la Diagonale des Fous 2017 et cela pour la 2ème fois consécutive.

Retour sur le parcours d’un amoureux de la course à pied qui aime le challenge !

Je me souviens avoir conclu le CR de ma première Diagonale des fous (1ère participation en 2016) par cette phrase ; J’ai maintenant 30 ans ; l’âge de la sagesse … ou pas ?
Force est de constater que l’âge de la sagesse n’est encore pour maintenant …
Rappel des faits : Je termine mon premier ultra trail seulement 18 mois après avoir découvert la course à pied en club. Pour bien faire les choses j’avais choisi la Diagonale des Fous ; la mythique traversée de l’Ile de la Réunion. Objectif atteint un samedi soir d’octobre 2016 après 44h43 de course. Surréaliste performance grâce à mon club et surtout mon coach Frédéric Lejeune. Mais il y a un MAIS.

Ce MAIS c’est mon temps et par conséquent mon classement (autour de la 500ème place). Je suis loin de faire partie des meilleurs mais tout de même … je pense pouvoir faire mieux sans les ampoules, une meilleure gestion des ravitos, du sommeil et avec une meilleure connaissance du terrain (oui c’est bien 167 km de marche, rochers et racines !)
Il n’en reste que c’est plus facile à dire qu’à faire.
Quelques semaines plus tard, j’ai toujours cette petite voix qui continue à me titiller avec ce fameux ET si … Jusqu’à l’ouverture des inscriptions pour la 25ème édition !! Je choisis donc (après une longue ? très longue ? bon ok après très très longue négociation) de me soumettre au juge de paix du tirage au sort.
Quelques jours plus tard, le résultat est positif à la grande joie de ma femme !
Le problème c’est qu’au niveau du travail les choses se compliquent sérieusement (il parait que la durée légale de travail est de 35h ?!) et que les nuits, weekends deviennent très courts voir inexistants !! S’entrainer pour un ultra tout en bossant 70h/80h par semaine sans compter les A/R entre Europe et Asie demande une organisation millimétrée.
C’est donc tout l’intérêt de faire partie d’un club avec un entraineur dédié et des plans d’entrainements personnalisés. On valide l’objectif avec le coach, on valide les courses intermédiaires ; on échange sur les contraintes et c’est parti pour 10 mois d’entrainement avec en ligne de mire un seul objectif terminer ma deuxième Diagonale des Fous en moins de 40h. 5h de moins ni plus ni moins ! C’est très ambitieux mais je suis déterminé.

L’entrainement est basé sur une moyenne de 6 séances par semaine soit un volume kilométrique compris entre 80/90 kms pour les petites semaines et autour de 130/150 km en phase de développement. J’ai rééquilibré le couple travail/entrainement 2 mois avant la course (Aout et Septembre) pour intégrer 2 stages. Le premier d’une semaine sur le parcours du Tor des Géants avec 277 km et 19 000D+ et un deuxième plus court (4 jours) en septembre à Chamonix (90 kms et 7 000 D+). Au total 1 000 km et 30 000 D+ cumulé au cours de ces 2 derniers mois avec l’objectif fixe de -40h.
Jeudi 19 octobre, je prends donc le départ pour la 2ème fois de la Diagonale des Fous. A cette occasion, j’ai renforcé mon staff 😊 (3 personnes à plein temps !!). J’ai mon plan de course en tête ; réaliser la même première partie de course que l’année dernière soit une arrivée à 10h40 à Cilaos et ensuite grignoter 5h grâce à l’entrainement, une bonne connaissance du parcours et éviter les erreurs passées.

22h – Le départ est donné ! Je suis plus loin que l’année dernière mais je préfère rester allonger tranquillement qu’attendre 1h debout pour être placé d’autant que je sais qu’il est facile de remonter sur les 15 premiers kms avant d’atteindre les ravines. Je remonte tranquillement en profitant de la foule incroyable et des feux d’artifices. L’ambiance est à la hauteur de cette course si prestigieuse ! Unique au monde.
Je saute le premier ravitaillement au km 7 pour continuer à remonter et retrouve David pour prendre une sage décision de ralentir mon allure et me caler sur son rythme de vieux sage (il appréciera) !! Les kms défilent et nous voilà déjà au Domaine de Vidot km 15 (737ème). Un rapide coup d’œil à ma montre, j’ai 4 min d’avance sur l’année dernière. Pas de stress encore une fois le temps éventuellement gagné jusqu’à Cilaos sera du bonus. Nous profitons encore de l’ambiance avant de rejoindre les pentes du volcan et le silence de la nuit. Notre duo fonctionne à merveille, les relais sont naturels. Notre rythme est ralenti par quelques bouchons et une petite pause pharmacie (j’ai eu la bonne idée de tomber malade 2 jours avant – fièvre qui fluctuera pendant la course et extinction de voix) pour faire retomber la fièvre mais nous progressons bien.

Après 6h20 de course, nous passons le ravito « Belvedère Nez de Bœuf » qui marque la fin de cette très longue ascension. 39km – 2400 D+ (491ème). On déroule tranquillement jusque Mare à Boue sous les premiers rayons de soleil qui font grimper très rapidement le thermomètre. Début de l’ascension du Coteau de Kerveguen qui est loin d’être une partie de plaisir mais encore une fois notre duo est efficace et nous sommes enfin débarrassés des bouchons.

            

Après 1 000D+, nous arrivons au sommet pour redescendre sur Cilaos. Je préviens David de rester souple sur cette descente vertigineuse pour ne pas se cramer. Nous rejoignons une portion de bitume de 3 / 4 km pour rejoindre Cilaos. Un coup d’œil à ma montre ; il est 9h20 soit 1h20 d’avance (338ème) !! On s’accorde avec David > 30 min de pause. Je vais me faire soigner 2 ampoules qui commencent à être gênante mais rien de comparable avec l’année dernière. Mes Cascadia sont parfaites pour ce type de course / terrain. On change de tenue, un repas plus consistant, un dernier soutien de mon team venu à ma rencontre et c’est reparti.

          

Une descente sèche avant l’ascension d’un mur « le Taibit ». 1 200D+ sous un soleil de plomb. Je décide de laisser partir David au 1er tiers pour gérer mon effort. Mon objectif n’a pas changé -40h et c’est ici que j’ai explosé l’année dernière. L’ascension est régulière malgré la chaleur insoutenable.
Après 15h de course, j’arrive à Marla (329ème) avec plus de 3h d’avance sur l’année dernière avec le plaisir (re) découvrir ces paysages de jour. On ne traine pas pour profiter au maximum du jour.

 

 

Un petit effort pour arriver à Sentier scout puis entamer la longue descente sur Ilet à bourse. La chaleur a fait son travail et je n’arrive plus depuis quelques heures à m’alimenter et maintenant à boire. J’arrive à ilet à bourse en fin d’après midi dans le dur. J’appelle ma femme pour faire un point sur mes temps de passage > 5h d’avance qui a l’effet de me mettre un bon coup de boost au moral qui en avait le plus grand besoin. 10 min de pause et je me force à boire. Je repars en me forçant à boire une gorgée toutes les 5 min pour me réhydrater progressivement et ça marche.
La nuit tombe et me voila arrivé à Grand Place avant d’affronter le MUR « Le Maido ». 20h47 de course, 98.5 km et 5600 D+. Je suis 328ème et à la différence de l’année dernière, je suis très souvent seul sur les chemins mais également aux ravitos (10 – 15 personnes). C’est très agréable car les bénévoles déjà formidables s’occupent très bien de moi. Une soupe chaude et c’est parti pour la première partie de l’ascension jusqu’à Roche Plate.

J’ai la chance de connaitre le « vrai » relief et je suis déjà préparé mentalement à enchainer le combo montée / descente 200D+/200D- 4 ou 5 fois avant d’entamer réellement l’ascension vers Roche Plate. Le mental est mis à rude épreuve ; il fait encore très chaud malgré la nuit, les marches t’explosent les jambes et il est fortement conseillé de ne pas chuter sous peine de se retrouver 1 000 m plus bas.
Après 23h50 de course, me voici à Roche Plate (308ème). C’est ici que je vais faire mon unique sieste. Une soupe et au lit pour 30min. Pas besoin de réveil je me lève d’un seul homme après 25min. J’enfile ma veste qui frotte sur les brulures dans le dos que je ne sentais avec mon tee shirt qui lui est beaucoup plus léger. J’en ai vu d’autre, et j’attaque le final du Maido avec le souvenir de devoir passer un pont que je cherche … toujours !!! A ma grande surprise (mon esprit était focalisé sur ce pont), me voilà au somment du Maido à 1h du matin. Encore un effort pour rejoindre le ravito à 20 min environ (27h00 de course / 308ème). Je me souviens de m’être amusé dans la longue descente du Maido (de jour par temps sec avec 80 places de reprises) l’année dernière. Je vais vite déchanter. Il fait nuit noire et le sol est ultra glissant (l’humidité de la nuit sur les rochers accompagnée d’une légère bruine). La descente est interminable mais je continue à remonter des places avec l’envie de revoir mon équipe pour la 2ème et dernière fois avant l’arrivée.
Sans Souci – 29h52 de course et 126 km (280ème). 2ème moment délicat de la course. La descente a fait beaucoup de dégât et les visages sont marqués. 3h de descente qui m’a rappelé une petite sortie matinale (6h du mat un lundi matin 😊) sur le parcours des 25 bosses complètement trempé et ultra glissant. 2ème changement de tenue, des mots d’encouragement qui remontent le moral et on repart.

Le plus étrange cette année, c’est que je n’ai pas vu les km défilés jusqu’à maintenant tellement obsédé par mes temps de passage 2017 vs 2016 et du temps gagné. Je réalise seulement au ravito de Chemin Ratineau que nous avons déjà parcouru 136 km et 8 300D+. Temps de course 32h26. Il reste 30km et si je pouvais faire encore mieux que -40h ? Restons humble, il reste encore du chemin et quelques passages très compliqués à gérer ou les descentes extrêmement raides font exploser les coureurs un par un. Je ne me débrouille pas trop mal en suivant des locaux en me rattrapant aux branches comme je peux.
Le jour s’est levé depuis quelques temps déjà ce qui me permet d’augmenter le rythme pour rejoindre Possession au km 143 (34h03). Je retrouve une tête connue en la personne de David qui se pavane avec un très joli strap. Je l’ignore 😊 pour rester concentrer. Il fait déjà très chaud. Je vais vivre un moment d’exception suite à la dégustation d’un grand cru de … sirop de menthe !!! Je vide la moitié de la bouteille au pauvre bénévole et charge une de mes flasques. Les 40h sont dans la poche ; visons 39h.

Je repars très vite pour rejoindre le chemin des anglais. 1h45 pour faire 7km. Cela vous donne une bonne idée du coté très roulant de cette portion. Quelques fausses joies dû à des défaillances de ma mémoire. Déjà la descente ? Ah il y avait une remontée ? Ah voila la descente. Ah ben non, on remonte !!!
J’arrive finalement au ravito de la grande chaloupe (151 km – 35h45 – 240ème). Je me lance dans des calculs pour estimer s’il est possible de terminer en moins de 39h. Compte tenu de mon état de fatigue, cela va bien m’occuper le temps de la montée du Colorado. Le rythme est soutenu, je prends la tête d’un petit groupe pour finir à 2 (c’est toujours un groupe) au somment. Et hop 8 places de gagné !

Je passe au ravito après 37h55 de course. Plus de calcul, je peux passer sous la barre des 39h. Je descends au taquet, volant (m’explosant les jambes) sur les rochers et reprends encore quelques coureurs qui sont à bout ; j’ai perdu mon compagnon d’échappée au passage. Ce moment magique fut légèrement contrarié par le vainqueur du trail de bourbon qui me dépose littéralement à 10 min de la fin ! Impressionnant …
Dernier pointage, passage sous le pont, dernière ligne droite sous les applaudissements, j’entre dans le stade en compagnie de ma femme qui parcours les derniers mètres avec moi, je lève la tête, temps affiché 38h42 !!
Il n’y a plus de MAIS, plus de ET si … Objectif atteint ! J’explose mon temps de 6h et une minute. Je termine à la 222ème place. Je patiente quelques minutes pour voir arriver David, lui aussi sous les 40h. L’émotion est très forte ; chacun sait ce que l’autre à du endurer pour être finisher, à quelle point cette course est exigeante et recevoir le célèbre tee-shirt « J’ai Survécu ».

       

Cette course est tellement magique qu’il est très difficile – voire impossible – de retranscrire les émotions ressenties. Nous sommes hors du temps portés par des milliers de supporters. Mais ne vous détrompez pas, ces paysages somptueux ne sont là que pour dissimuler un parcours d’une exigence rare et sans concession.
Les têtes brulées ne passeront jamais cette ligne d’arrivée aussi talentueux soit-il ; n’est-ce pas Jim ?