Si vous vous souvenez bien, mon dernier récit de course portait sur…une reco, en l’occurrence du trail 56 km du Morbihan, qui ne s’était pas du tout, mais pas du tout passé comme prévu. Cette année, pas de reco mais un récit qui fait la part belle à la préparation plutôt qu’à la course en elle-même. Pourquoi ce choix ? Tout simplement parce que la course s’est formidablement bien passée parce que j’étais bien préparé. Tant qu’à faire, je me suis dit que vous préfériez savoir comment toutes les étoiles se sont alignées pour que je puisse atteindre le nirvana que j’ai connu.

Le trail 56 km du Morbihan était (et l’est encore jusqu’à ce jour) mon seul objectif pour 2016. Après avoir participé à 3 éditions précédentes : 2011 : 5h54 (42ème au scratch) – 2012 : 5h32 (60ème) – 2015 : 5h05 (26ème), je voulais cette année entrer dans le top 10 V1 (13ème en 2015). Après quelques semaines de repos pour digérer les 100 km de Millau, je reprenais sérieusement l’entraînement Xrun/trail en décembre 2015. Après Adrien Tarenne et Marc Lozano (excusez du peu !), mes plans d’entraînement seront cette année faits par Fred Lejeune qui a couru plusieurs fois cette épreuve « une des plus dures que j’ai faites car un parcours accidenté et totalement plat ne laissant à aucun moment la possibilité de se reposer». Ce dernier est en effet constitué de chemins et de sentiers caillouteux et de racines qui obligent à sauter d’un pied puis sur l’autre, des petites montées de 2/3 marches pour redescendre courir sur quelques centaines de mètres sur la plage. Tout ça le long du Golfe du Morbihan (petite mer en Breton), avec des panoramas fantastiques qui changent à chaque virage, des effluves marines, si caractéristiques de la Bretagne, mêlées aux odeurs de foin et de paille qui remontent à la faveur de la nuit qui s’installe.

Les 5 séances d’entraînement puis 6 concoctées par Fred s’enchainent mêlant de la VMA longue et courte le jeudi soir avec les Xrunners de Rueil-Malmaison, les séances Xrun/Trail du samedi matin dans le parc de Saint-Cloud (ah ! le Fer à Cheval et le Grand 8….), des séances de seuil (type 20L 20M 15V 15L) ou de côtes dans la forêt de Saint Cucufa, les sorties longues du dimanche et les footings de 45’ à 10 km/heure. Au total, j’aurai fait 275 séances de course à pied (+ quelques séances de vélo) et parcouru 1986 km à une vitesse moyenne de 9,3km/heure et très peu de D+ (22 000m).

En parallèle, Martin Mignot (kiné Xrun/Trail) me prépare un plan « Compex » que j’utiliserai après chaque séance soit en récupération active ou en capillarisation.

Nous avions prévu d’insérer quelques courses préparatoires en fin de chacun des cycles de 3 semaines (25 km du Maxi-Cross de Bouffémont, les 50 km de l’Ecotrail de Paris et les 35 kms du Trail des Cerfs) pour travailler sur la fatigue de la semaine, juger des progrès et pour garder l’esprit de compétition. Courues sans aucune pression et objectif de temps, les résultats ont été au-delà des mes espérances (39ème à Bouffémont, 37ème sur l’Ecotrail 50 et 24ème sur le Trail des Cerfs). Cela m’a bien entendu donné confiance, d’autant plus que j’entamais en parallèle une préparation mentale avec mon 2ème Fred (Fredérick Vergnas), un des 2 coachs de Xrun (avec Anaëlle Malherbe). Mon autre Fred (Lejeune) avait lui-même été coaché par Fred Vergnas et m’en avait dit le plus grand bien.

A l’origine, j’allais voir Fred pour travailler ma capacité à « me faire mal » en compétition. Après quelques tests ad hoc et discussions….je repars avec l’objectif de beaucoup plus travailler aux sensation,…et moins avec les « bio-feedbacks » que me transmet ma Garmin (je suis capable de faire plusieurs séquences de seuil à la pulsation cardiaque près…ou de faire un petit détour de quelques centaines de mètres pour faire exactement les 45:00:00 de footing prévues à mon plan… !). La consigne était de PRENDRE DU PLAISIR, la performance….venant naturellement ensuite, plus forte, plus durable. Comme je l’ai toujours considéré, si on fait appel à des spécialistes comme les entraineurs et kinés Xrun, c’est pour suivre leurs conseils à la lettre. Ce sera aussi le cas pour la préparation mentale. Cela demande du « lâcher prise » mais intérieurement je savais que Fred avait raison. Avec 3 séances individuelles de coaching mental et la mise en œuvre des consignes et techniques à chacune de mes séances entraînements, j’ai l’impression de me reconnecter avec mon environnement et mieux assimiler les entraînements.

Un mois avant la course, Frédéric (Lejeune) me fait travailler le spécifique « auquel (il) croit beaucoup » : séances de seuil en « M » (80% FCM) et sorties longues de 3h00 sur des terrains qui ressemblent le plus possible au parcours que j’allais rencontrer. A défaut de plages et de chemins côtiers, j’opte pour le Parc de Saint-Cloud qui m’offre toute la variété attendue, y compris les pavés bordant les routes bitumées qui constitueront de parfaits terrains instables. Ces longues séances m’ont permis de parfaitement tester mon programme de nutrition (bâti avec la nutritionniste de Nutrisens), mon équipement, notamment mon sac à dos qui fera l’objet de toutes mes attentions pour en réduire le poids et faciliter les ravitaillements. Pour ça, je choisis d’abandonner la poche à eau pour préférer les bouteilles sur l’avant du sac. Conjugué avec des pastilles de boissons énergétiques (beaucoup plus légères et compactes que les sachets de poudre), cela me permettra de mieux contrôler ma consommation, réduire le poids sur le dos et surtout, réduire le temps aux ravitaillements. Combien de kilomètres faut-il pour récupérer 2’ perdues sur un ravitaillement….je pense pas loin du nombre de kilomètres justement entre 2 ravitaillements ! La tactique sera donc d’introduire mes pastilles de boisson isotoniques dans chacune de mes 2 bouteilles avant d’arriver au rativo…où il ne me restera qu’à compléter avec de l’eau. Avec un sac à eau il faut : détacher son sac, ouvrir la poche à eau, la vider, découper le sachet de poudre, mettre la poudre dans le sac, ajouter de l’eau, refermer la poche, secouer énergiquement, retourner le sac et aspirer l’air (pour éviter que ça ne fasse ‘floc floc’) et enfin remettre le sac ! CQFD

Fred Lejeune me donne ses consignes après m’avoir demandé « Tu veux gagner combien de temps par rapport à l’année dernière : une vingtaine de minutes ? « Heu non, si je gagne déjà 10/15’ ce sera super » je lui réponds. « Bon OK, dans ce cas, tu peux faire le premier 1/3 de la course à 140 puls et une allure maximum de 5’au kilo puis 145 puls et maxi 4’30 au kilo. Pour la dernière partie, tu le fais comme tu le sens, en fonction de tes sensations ». On verra que Fred avait vu juste car je finirai à…7’’ du temps qu’il avait prévu. C’est fort non ? Pour Fred Vergnas, il faut que je « pense à bien faire appel à toutes (mes) sensations » en plus de quelques rappels sur l’utilisation des techniques de préparation mentales apprises (encrages, décontraction, gestion de la douleur physique,…).

1 semaine avant la course, je suis super détendu. J’avais le sentiment que même si je n’atteignais pas mon objectif, ce ne serait pas grave tant je pensais avoir fait une très belle préparation. Ceci avait été renforcé par l’email de Julien, copain trailer aussi participant au trail du Morbihan, qui m’annonçait que j’étais dans les 30 favoris ITRA de la course.

Le départ de la course étant fixé au samedi à 17h00, nous prenons la route pour Vannes le vendredi en milieu d’après-midi avec Sophie et Fida’a Chaar, Stéphane Sebeloué (son 1er trail pour lequel nous attendons toujours son récit). Après être allé chercher nos dossards et notre traditionnelle boîte de galettes bretonnes « La Trinitaine » sur le village installé sur le port de Vannes, retour vers Auray où mes parents nous ont préparé le traditionnel déjeuner d’avant course : langoustines extra-fraîches, poulet accompagné de polenta et petites pommes de terre du jardin (excellentes !) et le fameux Carrot-cake de Flo, mon épouse.

Après une sieste salvatrice, nous voilà tous les 4 sur la place de Sarzeau où les 1360 trailers attendent avec impatience le signe du départ. La température est plutôt bonne (23°), comparativement à l’année précédente où il faisait très très chaud. Je me sens détendu avec la légère pointe de stress nécessaire pour une compétition.

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Placés non loin de la ligne de départ, nous voilà partis avec Fida’a pour 56 kms de course. Comme d’habitude, nous nous faisons doubler par une cinquantaine de coureurs qui partent sur un rythme d’enfer qui les amènerait autour de la dixième place…s’ils parvenaient à tenir l’allure, ce que je ne crois pas. Néanmoins, même avec l’expérience, je me demande si ce n’est pas moi qui suis parti trop lentement. Au bout d’une heure de course, nous sommes comptés 41ème et 42ème, ce qui est rassurant. Arrivé au 1er ravitaillement, je perds Fida’a dont la poche à eau ne résistera pas à mes bouteilles + comprimés de boisson isotonique. Le reste de la course se passe merveilleusement bien : allure et cardio maîtrisés, aucune douleur ou pensée négative. J’échange un très sincère petit mot d’encouragement à chaque coureur du 87 km et surtout du 177 km tant cela doit être dur de courir sur une telle distance…et aussi longtemps.

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Aux 2/3 de la course que je me dis à voix haute « c’est incroyable tu te ballades !». Je n’en crois pas mes yeux…ou plutôt mes quadriceps. En fait, ce n’est pas vraiment une ballade mais c’est en tout cas ce que mon cerveau me fait dire à ce moment-là. Visiblement, la préparation mentale « positive » fait ses effets ! Arrivé au ravito du 42ème kilomètre, je demande combien de coureurs sont déjà passés. Un des bénévoles me dit « environ une trentaine ». Je me dis alors qu’il est temps de passer à l’allure supérieure puis de franchement accélérer au passage du 50ème km. C’est étonnant car je suis passé dans des fréquences cardiaques autour de 155 puls (87% de FCM) que je trouve parfois difficiles à tenir une vingtaine de minutes à l’entraînement mais ce jour-là et à ce moment-là, cela me semble facile. Ça l’est d’autant plus que je double un paquet de coureurs qui me semblent véritablement arrêtés sur place ! Plus qu’1,5 km. J’accélère encore pour le faire en moyenne à 4’08 au kilo. Voilà la ligne d’arrivée passée, comme à mon habitude en faisant un petit saut au-dessus du tapis de chronométrage.

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J’apprends quelques minutes plus tard en lisant mes très nombreux messages sur WhatApps que je suis 9ème au scratch (12ème finalement après l’arrivée de quelques coureurs partis plus loin sur la ligne de départ) et 7ème V1. Mon objectif d’entrer dans le top 10 de la catégorie est donc largement dépassé. Avec 20 minutes de moins sur le même parcours et surtout l’impression que tout s’est passé « facilement », je suis comblé.

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Il est temps d’appeler mon épouse et mes 2 Freds pour les remercier car sans eux, je n’aurais jamais fait une telle course.

Bon ben vous vous en doutez un peu…je reviendrai l’année prochaine avec l’ambition de bien finir dans le top 10…mais au scratch cette fois.

Yves