The Trail Sens (89), samedi 7 mai 2016, 43.5km/1050D+

Il s’agit de ma deuxième participation à The Trail Sens. Toujours dans l’optique de m’aguerrir sur des distances de 40 à 50km, j’ai décidé de passer du parcours de 19.5km/500D+ de l’année dernière au tracé de 40km ou plus exactement 43.5km/1050D+ car oui, même dans le trail, il y a un décalage entre ce qu’annonce le marketing et la réalité du terrain 😉 Une autre différence de taille est la météo. En 2015, il faisait un peu frais et il avait plu tout au long des différentes courses alors que cette année nous sommes dans une vague de chaleur quasi-estivale. Il fait 22,5°C l’ombre à 14h et le ciel va se découvrir avant le départ à 15h.

Après avoir récupéré mon dossard, je m’installe à la terrasse d’un bar avec mes parents, sur la place du marché, entre le marché couvert et la cathédrale, où sera donné le départ. Peu avant 15h, je suis rejoint par Fred, un autre Xrunner, qui se lance dans le 110km et nous rejoignons le sas de départ.

15h. Le départ est donné. Le premier kilomètre se fait en pleine ville où il y a une belle ambiance puis nous franchissons un pont où le chronométrage officiel démarre. Ayant eu pas mal de petits soucis au genou gauche et au pied droit après l’Eco-Trail, j’ai décidé d’adopter une stratégie de course très prudente. Aucun objectif de performance aujourd’hui, le seul but est de finir en bon état. Pour cela, faire le début de course avec Fred à une allure de 110km me convient parfaitement.

La première côte et les premiers singles ne tardent pas et sont l’occasion de beaux panoramas sur l’Yonne et Sens. Puis arrivent les chemins à travers champs, très différents de nos chemins forestiers franciliens avec leurs ornières recouvertes d’herbes qui les rendent un peu difficiles à lire. Autre différence, les côtes. Le pourcentage est rarement très élevé mais elles sont longues, très longues. Les meilleurs doivent courir tout du long sans problème.

Etant bien loin de ce niveau, Fred et moi marchons dans les côtes et surveillons nos fréquences cardiaques qui sont parfois un peu hautes en début de course. Mon cardio ne tardant pas à refuser de me donner ma FC, je me contente rapidement de suivre l’allure de Fred.

Nous arrivons au premier ravitaillement, au km 14.5, en moins de 2h et repartons au bout de quelques minutes. Pas besoin de recharger en eau car je suis parti avec deux litres. Un panneau nous indique 12km jusqu’au second ravito. Comme souvent sur les courses, l’indication est erronée et il n’y en a que 7. C’est donc un peu surpris (on n’avait qu’à mieux apprendre le parcours) que moins d’une heure plus tard nous rejoignons le deuxième ravitaillement, uniquement liquide, qui marque également une barrière horaire et le point où le 40km se sépare des autres distances. Je laisse donc Fred poursuivre son aventure au son du groupe de reprises qui met de l’animation au ravito.

Tous les signaux sont au vert à l’entame de la seconde moitié du parcours : mes anciennes douleurs ne sont pas réapparues, mon périoste droit avait été un peu sensible au début mais a fini par me laisser tranquille et je me sens frais grâce au début de course prudent. Je décide donc d’accélérer un peu pour essayer de remonter les coureurs partis trop vite.

Sauf que ça ne va pas être si simple ! Et oui, le gros des troupes est parti bien plus vite que moi et après avoir doublé trois coureurs juste après le ravito je reste de longs kilomètres sans voir qui que ce soit. Je suis seul au milieu des champs de colza et de blé et je me demande parfois si je vais revoir quelqu’un avant l’arrivée. Malgré l’heure qui tourne, le soleil tape toujours très fort et les passages à l’ombre se font rares. Pas évident à supporter quand on pense que quelques jours avant on s’entraînait par 10°C. Je parviens finalement à recoller à la file très clairsemée des coureurs et à les dépasser l’un après l’autre. Certains payent clairement leurs efforts du début et une probable mauvaise gestion de leur hydratation.

Un nombre important de coureurs quitte le dernier ravitaillement au moment où j’y arrive enfin. Je décide alors de ne pas traîner au ravito pour essayer de tous les rattraper. Et oui, au bout d’un moment, on a beau vouloir y aller doucement, la compétition reprend le dessus ! En m’arrêtant, je me rends compte que je suis quand même un peu entamé et que la chaleur y est pour beaucoup. Mais pas le temps de tergiverser, j’ai des coureurs à rattraper ! Un max de salé, du coca, de l’eau et c’est reparti ! J’en suis alors à 4h35 de course et il me reste 8km.

Je me dis alors que j’ai peut-être été optimiste, voire euphorique, voire prétentieux, en pensant rattraper des traileurs qui ont plusieurs minutes d’avance sur moi à ce stade de la course mais qu’importe, je fais en sorte d’avancer à un bon rythme sans me mettre dans le rouge comme lors de la Saintexpress où cela m’avait plutôt réussi. Et ça marche ! Doucement mais surement je grappille des places !

La fin n’est plus très loin et, pensant qu’elle est identique à 2015, j’ai hâte de m’attaquer à la dernière côte et surtout à la dernière descente, qui m’avait valu un petit bain de boue forcé à cause des crampes. Mais le tracé est différent. Nous empruntons un trottoir avec à droite une route en bord d’Yonne et à gauche la colline que je pensais gravir. Au moment où je pense que nous allons longer l’Yonne jusqu’à l’arrivée, une bifurcation nous fait presque faire demi-tour à gauche pour nous emmener droit dans la pente avec un petit passage de corde ! En voyant nos mines surprises, et peut-être déconfites pour certains, les bénévoles placés là sur leur quad nous lancent un petit : « Et c’est là qu’on vous admire ! Vraiment, on vous admire ! » Merci à eux et surtout à l’organisation car cette corde nous amène à une portion très originale et totalement inattendue sur une voie ferrée désaffectée que nous quittons au bout de quelques minutes par une descente dans un petit tunnel pavé et non éclairé. Je ne peux m’empêcher de penser à la Barkley et son légendaire tunnel !

En rejoignant l’Yonne, les bénévoles nous disent que c’est la fin. Je jette alors mes dernières forces dans la bataille pensant qu’il ne reste que quelques hectomètres. Il reste en réalité 1,5km et à ce stade de la course, c’est très long. Malgré les quelques légers pincements que je ressens dans certains muscles, j’essaie de maintenir l’allure en me focalisant sur des coureurs devant, déterminé à les doubler, et je franchis la ligne d’arrivée en 5h27 ! Je suis assommé par ce dernier effort et surtout par la chaleur, qui avait pourtant commencé à tomber en fin de course. Ce sera d’ailleurs leitmotiv de tous les finishers interrogés par le speaker. Après avoir repris mes esprits, je savoure un peu ma course avant d’aller savourer le repas concocté par l’organisation.

A ce sujet, un petit mot sur l’organisation, qui a été très bonne du début à la fin. Espérons que cette course, qui a eu du mal à boucler son budget à cause d’un désengagement du département (ce qui explique le changement de nom), pourra durer car elle propose des parcours roulants très intéressants et différents de ce que nous connaissons en Ile-de-France, en termes de profils et de paysages, à une distance raisonnable de Paris et dans un cadre plus convivial que les grosses courses.

Le bilan est totalement positif. Alors que je n’étais vraiment pas certain de pouvoir prendre le départ quelques semaines plus tôt, je boucle cette course sans aucune blessure. Martin, kiné Xrun, a encore fait des miracles ! De plus, mon temps est conforme à ma prévision d’environ 5h30, ce qui montre que j’arrive désormais à plutôt bien planifier ce type de courses. J’ai également bien géré mon hydratation : pour ne pas perdre de temps à recharger, j’étais parti avec 2L et j’ai bu aux ravitos avec le gobelet en plastique obligatoire. J’ai fini ma poche à eau quelques gorgées après l’arrivée. Il était temps d’arriver 😉 Cerise sur le gâteau : je passe de la 109ème place à mi-course à la 53ème à l’arrivée. Et doubler autant de monde, sans jamais se faire doubler, ça fait toujours du bien au moral, surtout quand ça devient plus dur physiquement ! Au final, grâce à une bonne stratégie de course et au staff Xrun, la conclusion pourrait être cette célèbre phrase : « J’aime quand un plan se déroule sans accroc. » !