Xrunneur, Yves Cadio s’est aligné sur le 45km de l’Ecotrail afin de prendre sa revanche ! Il nous parle de sa préparation et rien n’a été négligé : les kilomètres, le matériel, la nutrition, tout y était et le résultat parle de lui même !

Le 45 km de l’Ecotrail de Paris se positionnait dans mon agenda 2018 comme un objectif important. D’abord parce que cela donnera une évaluation de mon niveau, 3 mois avant mon objectif de l’année : le trail du Morbihan (56 km). Deuxièmement, parce que j’avais une revanche à prendre avec cette épreuve. Par manque de préparation, j’ai terminé 51ème en 3h52, alors que sur le 50 km j’avais terminé 37ème en 2016.

La préparation a été différente cette année (907 km vs 545) entre décembre et fin février. Avec Fred LEJEUNE, on avait aussi convenu de donner une orientation « marathon » à ma préparation. Cela passait notamment par l’intégration de 2 séances de LMV (Lent Moyen Vite) dans la semaine : 1 sur 1 heure le mardi et 1 autre en sortie longue en alternance avec des Sorties Longues en terrain varié.

Un autre facteur intéressant a été l’enchainement sur 2 week-end de l’Issy Urban Trail (15 Km) et du Maxicross de Bouffemont (25 km) un mois avant l’Ecotrail. En dehors de l’aspect physique, ces 2 courses m’ont permis de constater que j’étais plutôt bien dans ma préparation avec 2 bonnes places scratchs (12 ème et 15ème) et V2 (2 premières place).
Tout allait très bien jusqu’à cette fameuse séance de 2X3000 à faire à une allure de 3’50 (85%) et 3’54/kilomètre (82%). Tout seul sur la piste, sous la pluie et le vent, je parviens déjà difficilement à faire les premiers 2000m en 3’54. Le 2ème 2000 km est fait à 3’57/km, impossible de faire mieux. C’est déjà une petite victoire car j’ai bien failli lâcher l’affaire au bout de 1000 mètres. Alors que je me sentais fort, je me retrouve habité de doutes. Pis encore, je me lève le matin suivant avec un rhume et mal à la gorge. Je n’arriverai pas à me débarrasser de ce virus pendant ces 10 derniers jours. Je pensais même ne pas prendre le départ quand le mercredi je rentre à la maison dans un état fébrile et des difficultés à respirer. Avec un Doliprane, un bon grog et une bonne nuit de 10 heures, mon état est meilleur le lendemain matin. D’ailleurs, le médecin diagnostique un virus mais sans gravité. L’espoir renait.

En termes de « stratégie » de course, j’avais cette année pris la décision de partir à une bonne allure et de la maintenir jusqu’à la sortie du parc de Versailles. Normalement, je pars plutôt prudemment pour remonter progressivement au classement, mais depuis la XL Race, l’IUT et le Maxicross de Bouffemont, je constate que partir vite me réussit plutôt bien. Cela évite les ralentissements au premier goulot d’étranglement et, surtout, d’être dans le bon rythme. En partant plus lentement, on peut se laisser « endormir » par des concurrents plus lents. Mais pour courir vite, il faut être léger. Il fallait donc absolument que je réduise le poids et l’encombrement de mon sac. Comment ? Tout d’abord en réduisant la quantité d’eau. Je partirai avec 800ml d’eau qui devraient suffire pour atteindre le ravito de Chaville au 25ème kilomètre. La gourde supplémentaire exigée par le règlement pour atteindre les 1,5 litres est pliée dans une des poches de mon sac, les tablettes Isostar déjà placées à l’intérieur.
Il fallait aussi revoir le positionnement des gourdes qui, placées à l’avant de mon sac Instinct, me déséquilibrent. Je trouve la solution idéale lors des tests faits lors de la dernière Sortie Longue : positionner une gourde en position basse sur mon sac afin qu’elle bouge moins, complété par ma gourde Simple dans le dos. Enfin, je fais la guerre à tout poids superflu : chaussures, tenue, ravitaillement, téléphone, accessoires divers…tout y passe !
Reste à traduire cela dans les chiffres. En regardant les résultats 2017, la liste des favoris ITA (qui me place 24ème), je construis mon plan de marche avec 2 objectifs : 3h45 et 3h40.

Au regard des résultats, je ne me suis pas trop trompé 😉

J-7 début du régime dissocié (sans sucre). Certains (beaucoup) sont contres mais le pratiquant depuis plusieurs années, je partage avec Fred Lejeune l’avis que ce régime nous prépare mentalement à la compétition. Par ailleurs, je l’améliore et le maîtrise de mieux en mieux. Cette année, j’ai fait attention à ne pas reprendre trop de sucres après les 3 jours de régime. Il suffit de changer le rapport glucides/légumes de 50/50 à 2/3 – 1/3.
2 très bonnes nuits passées et nous voilà le samedi matin, le jour de la course. Météo France a revu ses températures à la hausse et il n’y aura finalement pas de neige (sic !). Par contre, dehors la pluie est déjà intense. Je change donc la tenue que j’avais préparée la veille pour un t-shirt Xrun plus léger, des manchons et un coupe-vent pliable New Balance pliable. Pour les chaussures, le choix est fait : ce sera les New Balance Summit V2 : légères (275 grammes en 10,5), souples et avec une très bonne accroche sur les terrains glissants. Ce choix a été conforté par un échange avec Vincent VIET (ambassadeur NB) qui me confirme qu’elles sont suffisamment confortables pour faire 45 kms.
Après un bon carbo cake maison fait par mon épouse (délicieux et beaucoup moins cher que dans le commerce), nous partons avec Guy A. pour Versailles. Nous arrivons sur place parmi les premiers. C’est finalement une bonne idée d’arriver tôt car cela enlève du stress. Une photo avec une partie des Xrunners déjà présents et nous voilà partis avec Julien D. et Fred R. pour 15’ d’échauffement cool.

Nous nous plaçons aux avants poste dans le sas de départ. 10h45, le départ est donné. Comme prévu, je pars vite en me mettant dans la foulée d’une féminine très affutée que j’avais repérée en toute première ligne dans le sas. Cela s’avèrera être un très bon choix car Jennifer Lemoine finira 1ère féminine en 3h41. Mais ça, je ne le savais pas encore. Par contre, elle annonce avoir fait les 100 km de Millau en 9h00. Vu que je l’ai fait avec près d’1 heure de plus, que mon cardio annonce 155/158 puls (mon V est à 160 !) et que nous sommes déjà à une allure moyenne de 4’13, j’hésite à la suivre. Mais finalement, comme je me sens bien, je décide de le faire, au moins jusqu’à la sortie du parc de Versailles. Même si mes NB Summit sont un peu dures pour le bitume, je constate avec plaisir que mon sac est bien équilibré et léger. Reste que je ne suis pas parvenu à me débarrasser de ce rhume qui me tient depuis 10 jours et qui m’oblige à respirer par la bouche.

Nous faisons le tour du plan d’eau ensemble en 22’ puis nous quittons le parc de Versailles. Nous sommes dépassés par 5 ou 6 coureurs. Je tente de caler mon allure pour rester sous les 155 puls. Le 1er tiers de la course est bouclé en 1H08 (4’33/km) avec 155 puls en moyenne mais je sais que l’allure va progressivement baisser avec les premières dénivelés. Néanmoins, contrairement à mon habitude, je décide de les courir (lentement) tout en respectant les consignes du coach Fred Lejeune « ne pas se mettre plus d’une minute dans le rouge ». Finalement, je ne marcherai que 2 fois : au bout de 2h10 dans la forêt de Fausse Repose (belle côte surtout très boueuse) et dans le fer à cheval.
L’objectif est de rallier dans de bonnes conditions le ravito de Chaville du 25ème kilomètre. Si c’est le cas, le reste se passera bien. Je sais que je suis plutôt bon finisher et endurant, d’autant plus qu’il n’y aura plus que 2 fois 50 minutes à courir, sur des portions plutôt plates. Je fais très attention à bien suivre les balises pour ne pas faire une erreur de parcours comme l’année dernière.

Malgré le peu d’eau que j’avais emporté, je n’en ai bu que la moitié. Sans doute parce que j’en avais (encore) emporté trop et, surtout que les températures quoique toute à fait acceptables restent fraîches. En tout cas, il ne pleut pas…encore.
Je décide donc de passer au travers du ravito de Chaville, Jennifer Lemoine en fait de même. Nous nous retrouvons souvent ensemble mais sans réellement caler nos allures l’un sur l’autre. En effet, Jennifer est plutôt rapide dans les côtes et sur le plat mais je repasse très souvent devant à la faveur des descentes. Nous courons avec 4/5 autres coureurs avec qui nous partageons les mêmes allures.

La pluie arrive quelques temps plus tard. J’hésite un moment mais je décide finalement de mettre mon coupe-vent. Bien m’en pris ! J’en profite pour apprécier la praticité de mon sac Insctinct qui dispose d’une poche sur le haut, permettant de récupérer le vêtement désiré sans avoir besoin d’enlever mon sac.

Comme prévu, la 2ème partie du parcours est effectuée plus lentement en 1h19 (5’17), de même que ma FC 152. Je me rends compte que c’est la première fois que je fais une course où ma FC est plus basse dans la 2ème partie que dans la 1ère. Au niveau physique, tout va bien sauf les bas des mollets qui commencent à être très douloureux. Par contre, contrairement à l’année précédente, les cuisses vont très bien.

Alors qu’en arrivant dans le Parc de Saint-Cloud, je me réjouis de retrouver notre jardin d’entrainement Xrun/Trail, je vais vite déchanter. En effet, les chemins sont boueux, ruisselants, nous obligeant à passer dans de grandes flaques d’eau glacées. Les passages des coureurs du 18 km et du 30 km que l’on commence à doubler ont rendu le parcours très difficile. Je pense aux coureurs du 45 km et du 80 km qui vont devoir courir sur un parcours encore plus dégradé. L’autre problème, c’est le froid glacial. Déjà que je ne sentais plus mes mains, je ne sens maintenant plus mes pieds. Je ne savais pas que c’était possible en courant ! Je tente de mobiliser mes orteils mais sans succès. Heureusement, les quelques mètres de marche dans le fer à cheval vont me rassurer sur le fait que j’ai bien des pieds dans mes chaussures. Ouf !

J’en profite aussi pour mettre une nouvelle tablette d’Isotar dans ma gourde. Je constate que mes prévisions de consommation d’eau étaient plutôt bonnes entre les 2 derniers ravitos. Par contre, avec mes doigts gelés impossible d’ouvrir ma seule barre de céréale. Je décide de me diriger vers le buffet du ravito avant d’aller remplir ma gourde d’eau. Je prends rapidement une soupe chaude qui me fait du bien. C’était peut-être une erreur…mais ça, je le découvrirai bien plus tard.

Flo est à la sortie du ravito pour m’encourager. Je ne l’attendais pas là, ce qui me fait encore plus plaisir. Elle m’annonce surtout que je suis 3ème V2, à 1 minute derrière le 2ème. Je ne vois plus Jennifer Lemoine. Par contre, je partage la fin de parcours avec un jeune trailer. On est partis pour faire la dernière partie ensemble.

Mes mollets sont de plus en plus douloureux et le froid est intense. Malgré mon cuissard, mes cuisses sont gelées. Je suis obligé de demander à mon partenaire le nombre de kilomètres restants car avec mes doigts gelés, impossible de changer l’écran de ma montre. J’ai aussi de plus en plus de mal à replacer ma gourde dans le dos car mes doigts sont totalement endoloris. Jamais je n’avais eu froid aux doigts après quelques kilomètres de course à pied. C’est la raison pour laquelle je n’avais pas pris de gants. Voilà une expérience à retenir.

Mes NB Summit ont été vraiment parfaites sur tout les chemins avec une excellente accroche. Par contre, sur le bitume des quais de Seine à Issy-les-Moulineaux, je les trouve très dures. J’avais imaginé lors de la préparation de passer une paire de running. Il va falloir y repenser pour l’année prochaine.
Nous remontons les coureurs du 30 km à 5’10 au kilo. 5 kms avant la ligne d’arrivée, Jennifer Lemoine nous rejoint. Je prends sa foulée à 5’00 au kilo. Nous voyons la Tour Eiffel devant nous. Je regarde ma montre, les 3h40 sont possibles mais il ne faut surtout pas réduire l’allure. J’accélère sur le dernier kilomètre à 4’48 et finis en 4’10 les 150 derniers mètres.
Ca y est, je passe la ligne d’arrivée en 3h40’42’’. Je saurai plus tard que c’est la 23ème place du scratch et 2ème V2…à 25 secondes du premier. Vous vous souvenez de la soupe prise au ravito de Saint-Cloud ? Et bien elles sont là les 25 secondes perdues. Mais ce n’est pas grave. Alors que 3 jours avant je ne savais pas si je pourrais prendre le départ à cause d’un bon gros rhume, je suis très content de ma course, d’autant plus que les conditions étaient vraiment très très difficiles.

Mais pour l’instant, je ne pense qu’à une chose vite me changer car je tremble de tout mon corps… Le chemin pour retrouver nos sacs de rechange est interminable. Une fois fait, comme de nombreux coureurs, je me change dans l’entrée d’un garage pour enlever mes vêtements mouillés et froids. Par contre, impossible d’ôter mes chaussures car mes doigts gelés ne me permettent pas de défaire les doubles nœuds de mes lacets, mouillés et bien serrés. Même une fois changé, dans la voiture surchauffée, il me faudra encore une bonne 1 heure pour arrêter de trembler.

Voilà, objectif atteint, voire même dépassé. Merci à mon coach Fred LEJEUNE pour les plans qui m’ont permis d’obtenir ce résultat, à Christophe Dumas (Kiné/associé Xrun) pour m’avoir remis de ma blessure de 2017, à tous les Xrunners dont je me nourris des messages et de leurs bonne humeur et à Flo mon épouse, pour sa compréhension, ses conseils et ses excellents carrot-cakes et carbo-cakes. Merci aussi à New Balance pour l’équipement et notamment les Summit V2 qui ont été parfaites sur ce parcours particulièrement boueux. Enfin, un GRAND merci à l’organisation et à tous les volontaires de l’Ecotrail de Paris qui ont passé des très longues heures dans le froid, sous le neige et dans la boue.

Merci à Yves pour nous avoir fait partager son aventure ! Xrun félicite sa performance bien méritée 😀 

*Opération V2, est un film de guerre de Boris Sagal dont la référence indique la 2ème tentative au 45km de Yves ainsi que son désir de podium V2 H 😉