Et si on se remémorait les bons souvenirs de la Saintélyon 2017 ?

Plongeons dans le récit de notre Xrunneuse, Nathalie !

Cette Sainté était la deuxième, après celle de 2014. Résumé de l’épisode précédent : 2014, trois ans de course à pied au compteur, expérience limitée à deux semi sur route et une Skyrace de 48 km/3200D+. Une belle petite équipe : Antoine et les enfants restés à Lyon pour profiter de la fête des Lumières, Bernard en supporter et cousin Manu Gaudard sur la course, qu’il finira brillamment en moins de 8h. 2014, Sainté de la boue. De la boue partout, froide, mouillée, glissante, visqueuse, appuis instables et au bout de 40 km, genou droit bloqué par un TFL, mon premier, à l’époque je ne savais pas ce qui m’arrivait, juste après le ravito de St Genoux, le bien nommé. J’avais terminé en 12h12, en faisant les 12 derniers km quasiment en marchant. Pas un très bon souvenir, mais une grande fierté de l’avoir finie cette satanée course. A l’arrivée, parole historique dont Antoine et les enfants se moquent toujours 3 ans plus tard « la Sainté-Lyon, c’était pas une bonne idée ». Il m’a fallu trois ans pour digérer et avoir envie d’y retourner. Parce que malgré tout, la Sainté c’est la Sainté et elle me faisait toujours envie. Objectif très clair dans ma tête cette fois-ci : bien finir ! En prenant du plaisir, en étant toujours capable de courir à partir du km 48, un peu avant Soucieux, là où la course commence . Et pour cela,s’économiser dans les Monts du Lyonnais.
Dès les préliminaires, cette Sainté 2017 s’annonçait très prometteuse : super Team Sainté Xrun avec Fanny, Yasmine, Anne-Pia, Saadia, Antoine et Matthieu (nous sommes atypiques chez Xrun : 10% de filles sur toute la Sainté vs 71% chez nous, déjà un bon point ). Le plaisir de partager une course avec Antoine, enfin, au moins avant le départ et après l’arrivée, parce que pendant, faut pas rêver, il se situe dans un espace-temps décalé du mien de 2-3 heures et cerise sur le gâteau, cousin Manu a finalement remis le couvert aussi.

Préparation « in » au top avec Xrun :
– super plan de Julien, agrémenté d’une séance d’escalier de Fred 3 semaines avant, séance qui m’a cassé tellement de fibres qu’il n’y en avait que des toutes belles, toutes neuves, archi-résistantes pour la Sainté,
– en guise de course préparatoire, la By Night de Mondeville, 20 km de nuit dans la boue histoire de s’acclimater en conditions réelles, avec la bande d’Xrun,
– Analyse du dernier bobo par Philippe et toute l’équipe de choc des kinés aidés de Thomas, parce que oui, je suis comme ça, j’ai toujours un truc qui ne va pas, je suis un gadget de luxe. Le bobo en question, une enthésopathie de l’insertion distale du tibial antérieur gauche. En clair, mal au pied gauche. A chaque pas, un peu, si je pose le pied bien à plat et beaucoup si je le pose un peu de traviole. Il va sans dire que sur la Sainté, ce sera l’option 2 une bonne partie du temps. Après moultes interrogations, nous décidâmes d’un commun accord que ça allait le faire, donc go go go pour la Sainté ! Un taping artistiquement bifide de Philippe la veille au soir (merci Philippe) et c’est parti !

Préparation « off » au top aussi :
– Billets de train groupe réservés par Fanny pour que nous soyons ensemble (merci Fanny !!!),
– Briefing/resto avec les filles et Antoine une semaine avant la course, arrosé au virgin mojito,
donc prépa alimentaire archi sérieuse aussi jusque dans ses moindres détails,
– Groupe WhatsApp bien marrant pour discuter chiffons, météo et ravito avec la bande.

Le jour J arrive enfin. Chutes de neige les jours précédents sur sol gelé, le Progrès de Lyon qui nous promet l’enfer (merci Laurence et Olivier !), Bernard, parfait informateur installé sur le parcours qui confirme : au programme, neige, glace, vent et froid glacial, « Tu vas te geler », mais même pas peur. J’ai tout prévu : Yasmine recommande la luge, j’ai un sac plastique pour dévaler le Signal St André sur les fesses si besoin, Philippe conseille les Yaktracks et je suis bien d’accord avec lui, je les ai. Pour la poche à eau, poche isotherme et protège-tuyau antigel, dedans, jus de raisin un peu moins dilué que d’habitude, les gourdes de crèmes de marrons, les chaussettes Sealskinz étanches, le sur-pantalon imperméable et léger, 2 buffs, 3 paires de gants (spéciale dédicace à Saadia, voici le détail : les sous-gants en soie, les windstopper D4 et les étanches qui eux resteront dans le sac à dos pendant 73 km), ça devrait le faire. Sans oublier, pour la première fois de ma vie sur une course, la carte vitale !

Samedi matin, réveil de bonne heure pour conduire Alexis au BC à 9h, Antoine dort encore le veinard. Alexis est un copain du fiston, fils de voisins et amis, dont les parents, tout comme nous, se sont fait la belle ce même WE. Nos enfants et les leurs passeront donc le WE ensemble. Je leur ai fait des lasagnes la veille, mon côté mère-poule… Fin de préparation des sacs et départ avec Antoine pour la gare de Lyon. En y arrivant, petit coup de stress, Yasmine est coincée dans le RER, qui repart heureusement et lui permettra d’arriver à l’heure. Nous retrouvons Fanny et Yasmine, voyons passer Anne-Pia qui est dans un autre wagon et nous installons royalement dans un carré. Le voyage passe très agréablement entre sieste, post sur WhatsApp, papotage, grignotage de chocolat, bananes et cookies, soit une alimentation pré-course parfaite. Antoine jette un coup d’œil désinvolte au profil du parcours, mais ce genre de détail lui importe peu. Descente à Perrache sur le conseil de Yasmine, plus près de la Halle Tony Garnier que la Part-Dieu. Nous retrouvons Anne-Pia sur le quai et à la seconde tentative, réussissons à monter dans un tram bondé qui nous conduit à la Halle. Petit vent glacial à la descente du tram, hum, ça promet… Nous faisons la queue pour la fouille avant d’entrer dans la Halle, rigolons bien quand Fanny nous montre l’affiche des évènements programmés, avec la Sainté-Lyon entre Julien Doré, Shakira et Florent Pagny, cherchez l’erreur !
Finalement ça avance vite mais nous avons tout de même le temps de bien nous refroidir. Photo du petit groupe gelé devant
la Halle et nous nous engouffrons bien au chaud à l’intérieur. Nous passons rapidement entre les stands, égarons momentanément Fanny qui a été arrêtée par quelques-uns de ses nombreux admirateurs et récupérons nos dossards. Aucune attente, superbe organisation. Nous recevons en cadeaux unsuperbe buff qui va faire une rude concurrence au buff Xrundans les prochaines semaines et des socquettes chaudes BV sport, en 44-47, taille unique pour tout le monde. Cela nous rend perplexe, à qui allons-nous les donner avec cette pointure-là ?!

Nous retrouvons Matthieu au bar (!!), il est superbe avec ses manchons de mollet …. Manchons de mollets, manchons de mollets … Tilt ! J’ai oublié les miens ! Scrogneugneu, catastrophe, je n’envisage
pas de faire 72 km sans eux. Bon, je repars à fond les ballons vers le stand BV Sport, juste au début de l’exposition heureusement et demande au charmant jeune homme une paire de manchons noirs, basiques archi-basiques. Il me regarde d’un air narquois, je dois être la 100èmeétourdie qui gonfle son chiffre d’affaire ce soir et me répond qu’il n’a que des Elites à 55€. Gloups, bon, va pour les Elites de luxe alors. Je n’ai pas tout perdu toutefois car il m’offre une paire des fameuses socquettes SaintéLyon, à ma taille celle-ci. Le shopping étant terminé, nous montons dans la navette pour Sainté. Embouteillages monstres dans le zone Confluence, nous finissons par quitter Lyon et je m’endors. Je me réveille à Sainté devant les halls. Il y a déjà de la neige sur les bas-côtés… Nous voyons toute une bande de coureurs en T-shirt orange qui s’éloignent en courant, nous découvrirons plus tard que ce sont les givrés qui font la Lyon-Sainté-Lyon …

Re-fouille pour entrer dans la zone de départ, Fanny, Anne-Pia et Matthieu partent s’installer dans le hall A, plus calme que le hall principal et avec Antoine et Yasmine nous allons à la pasta-party dans le hall B. Très bon plan, des pâtes avec sauce bolognaise et fromage râpé, du camembert, des bananes, parfait. Nous rejoignons le reste du groupe, installons nos tapis de sol et sacs de couchage. Un vrai campement… Je mets ma tenue de course, fais, refais et rerefais mon sac, me repose un peu. J’avale 1 g de paracétamol pour mon pied. Avec les filles nous allons tester les toilettes, pas trop de monde comparées à celles des hommes . Cousin Manu arrive, accompagné de Virginie et de leur fils Etienne, 17 ans. Quel plaisir de les voir tous les 3 ! Etienne mesure plus de 2 m, parfait, j’ai trouvé à qui donner les chaussettes Sainté taille 44-47 ! Nous avons à peine le temps de faire quelques photos et un petit post sur le groupe Team Bosquet que Manu trouve qu’on traine et qu’il faut partir se placer sur la ligne de départ. Antoine, Fanny et Manu, les rapides, qui veulent être dans le premier sas pour éviter les bouchons, rangent leurs affaires précipitamment et filent. Matthieu file également. Avec Yasmine et AnnePia, nous décollons enfin et retrouvons Saadia près des camions, après avoir déposés nos sacs de délestage, qui vont confortablement rentrer à Lyon en camion. Nous nous positionnons dans le sas de départ. Saadia a une pêche d’enfer, elle danse et chante au rythme de la sono. Quatre sas partent devant nous, l’attente est longuette, nous nous refroidissons un peu mais l’ambiance et bonne et nous rigolons bien toutes les 4. Enfin, notre sas est le prochain, nous sommes tout près de l’arche de départ. Musique, compte à rebours, c’est parti !

Nous restons ensemble pendant les tous premiers kilomètres dans Saint-Etienne. Nous partons tranquillement, « pas trop vite mais pas trop lentement non plus » selon les limpides instructions de coach Fred. J’ai froid aux pieds et aux mains, normal, c’est l’échauffement, il faut que ça se … réchauffe justement. Anne-Pia et Saadia vont un peu plus vite et s’éloignent doucement mais sûrement de Yasmine et moi. Bientôt nous ne les voyons plus. Je rigole bien intérieurement en voyant plein de mecs faire pipi sur les bas-côtés. Oui des mecs, pas une seule fille ! Marrant ! Un peu plus loin, une fille cette fois-ci, arrêtée sur le bas-côté, qui a l’air d’avoir des problèmes avec son sac. C’est Saadia ! Sa poche à eau fuit. Une fois l’embout correctement replacé c’est réparé et nous repartons toutes les 3.

Nous quittons Sainté, première descente, première montée, j’allume ma lampe. Déjà 7 km, il ne reste plus que 9 fois ça à faire. Yasmine est un peu en arrière et Saadia part devant. Je bois une ou deux gorgées toutes les 10 minutes, mange un peu de crème de marron toutes les 20 minutes, selon un protocole maintenant bien établi qui me réussit parfaitement. Une bonne montée, un petit bois tout à fait charmant. J’avance tranquillement, à l’économie, comme prévu. Je marche en montant, je trottine en descendant, je n’ai plus froid ni aux mains ni aux pieds. Bientôt, premières portions de chemins vraiment enneigés, une descente glissante et première bonne chute en arrière. Ce sont les épaules qui prennent. Je me relève, ça va, rien de cassé. La flemme de mettre les yaktracks… Je me dis que je les mettrai si prochaine glissade il y a. Elle ne tarde pas, et les coureurs tombent comme des mouches autour de moi, ça n’avance plus. Bon, assez rigolé ma fille, on n’est pas là pour acheter du terrain et faire de la luge. Je sors les Yaktracks que j’avais stratégiquement pré-positionnées dans les poches bretelles de mon sac pour ne pas avoir à l’ouvrir, les enfile et … LE BONHEUR !! C’est bien simple, avec ça au pied, j’ai l’impression d’être une championne, la bonne blague ! Appuis stables, je ne glisse pas d’un poil, ni sur la neige, ni même sur le verglas, je suis bionique et je commence à doubler. Je double, je double, les coureurs qui patinent en montée, ceux qui dérapent et tombent en descente, ceux qui galèrent à plat. Au total entre Saint Christo et Lyon, j’aurai doublé 2100 coureurs !

Je mets un message sur le groupe Sainté Team pour dire aux copains de mettre leur yaktracks, mais je ne me fais pas trop d’illusion, ils ne le verront probablement pas. C’est aussi le passage magique où il faut se retourner pour contempler le long ruban lumineux qui serpente entre les colline, spectacle envoutant et magnifique. Et devant, le village de Saint Christo en Jarez (km 16) superbement éclairé, que c’est beau ! J’y arrive tranquillement en 1h58, 8,3 km/h, 4415ème (prévi en 2h ). Beaucoup de monde au ravito. Je réussis difficilement à attraper du fromage, boire une soupe et remplir ma poche. J’y mets les 200 mL de jus de raisin que j’avais emportés dans une flasque et de l’eau au pif, impossible de voir les volumes. Je sors du ravito pour fermer ma poche et mon sac car trop de monde à l’intérieur, et je repars. Sept minutes d’arrêt au total quand même, pas vraiment optimisé !

Aie, j’ai trop attendu pour écrire ce compte-rendu, je ne me souviens plus bien des détails entre Saint Christo et Sainte Catherine ! Je ne suis pas tombée, il y avait neige et glace à gogo et pas mal de très courageux spectateurs venus nous encourager, merci à eux ! J’avance bien. Ça bouchonne dans les descentes verglacées mais je passe aisément sur les côtés grâce aux yaktraks. Je me dis que si Saadia et Anne-Pia n’ont pas mis les leurs, je les ai peut-être dépassées. Je ne les vois pas en tout cas. La descente sur Sainte Catherine est marrante, bien verglacée, mais je passe sans soucis et j’arrive encore
fraîche au ravito : 28 km, 3h47, 6,7 km/h, 3755ème (prévi en 4h, j’aime quand un plan se déroule sans accroc  !).

Un monde fou, de vastes et profondes flaques d’eau bien glacée que je ne crains pas, merci les chaussettes étanches, mais qui ont refroidi les pieds de nombreux coureurs. Il y a des rangs compacts de grands gars qui ont une ou deux tête de plus que moi, je ne vois même pas ce qu’il y a sur les tables. Dur dur de trouver du fromage et de la soupe. Je finis par réussir, j’ajoute de l’eau dans la poche au pif encore, je sors deux nouvelles gourdes de crème de marron de mon sac, je m’éloigne
pour refermer mon sac et je repars. Huit minutes d’arrêt cette fois-ci. Dans Ste Catherine ça monte, donc je marche. Ma montre vibre, message de LiveTrail4Runners qui m’informe qu’Antoine est déjà à St Genoux/Chaussan. Et là, boom ! A regarder ma montre au lieu de regarder devant moi, je heurte violemment une barrière dont l’angle pointu me rentre dans l’aine. Aie aie aie, ça fait mal ! Je reste pliée en deux sur la barrière pour reprendre mon souffle en attendant que la douleur reflue. Deux sympathiques bénévoles viennent à mon secours. « Tu vois, dis l’un, je t’avais dit que c’était dangereux ce coin de barrière, ce n’est pas la première qui s’y cogne ! ». Tout en me demandant si ça va aller, ils bricolent une protection contre l’angle maléfique. Je repars un peu sonnée, mais ça va, plus de peur que de mal.

Après Ste Catherine à 700 m d’altitude, ça monte vers le Signal St André qui culmine à 930 m au km 37. Bon, 230 m de montée, ce n’est pas rien, mais ça devrait aller. Je progresse bien, 850 m d’altitude, c’est bon ça ! Je déchante en voyant devant moi une belle descente… Bon, retour à la case 730 m d’altitude et une longue traversée à plat de 2 km. Ca finit par remonter jusqu’à 900 m, et une autre traversée, plus courte celle-là. Cette montée entrecoupée de descentes et de plats me parait interminable. Beaucoup d’animation dans cette portion heureusement, plein de supporters fondus qui doivent se geler mais qui sont là et ont une pêche d’enfer. Ca fait du bien ! Enfin, ça remonte. Une petite pause pipi dans un chemin de traverse histoire d’arriver au top au sommet et d’être à fond pour la descente. Et le sommet ! Très sympa, du monde là aussi qui nous encourage, de sacrés courageux,qu’est-ce qu’ils doivent avoir froid ! La descente est épique pour ceux qui n’ont pas de chaînes. C’est raide, plutôt étroit et complètement verglacé. Beaucoup descendent sur les fesses, beaucoup tombent. En bas du raidillon, les secours sont pré-positionnés avec leur camion, sage précaution ! Pas de difficulté pour moi, bien chainée que je suis, à part de slalomer entre les pauvres coureurs en galère. J’avais un très mauvais souvenir de cette descente bien raide, qui, en 2014, était également super casse-gueule à cause de la boue. Finalement, je préfère la glace, sans aucune hésitation. J’arrive au ravito de St Genoux-Chaussan au km 41 au bout de 5h58 de course, 6 km/h, 2997
ème(prévi 6h). J’y reste deux minutes (c’est mieux !), le temps d’avaler 1g de paracétamol, mon pied étant bien douloureux. C’est un ravito liquide uniquement, je crois que j’ai remis un peu d’eau dans la poche mais je n’en suis plus très sûre.

Après Chaussan, encore des passages dans les bois avec verglas, quelques coureurs trop confiants ayant retiré leurs chaines ont pris de beaux vols. J’en ai pris un superbe également bien qu’ayant prudemment gardé mes chaînes, sans même l’excuse du verglas, c’était une fourbe racine. Belle note artistique, figure Superman-vol-plané-avec-atterrissage-plat-ventre-bras-tendus. Souffle coupé, poitrine écrasée, heureusement qu’elle est loin d’être opulente, mal aux genoux. Mais rien de cassé,
donc je repars un peu plus doucement, en essayant de renforcer ma vigilance. Arrivée au petit village de Rontalon (km 45), j’enlève enfin mes chaînes. Elles ne m’ont même pas vraiment gênée pour les passages sur route finalement. Une belle descente, traversée d’une petite rivière et belle montée.J’arrive sur un plateau dégagé, le ciel commence à rosir, l’aurore pointe. Nous passons dans (?!) un aérodrome, il commence à y avoir des champs, des vergers. Faux-plat descendant, c’est un plaisir, j’avance bien, 10,5-11 km/h. Il fait de plus en plus clair et j’arrive à Soucieux, km 52, en 7h28, 7,3 km/h, 2728ème
(prévi 7h45, c’est bon ça !). Soupe, fromage et pain, je remplis ma poche aux robinets extérieurs et je repars. Sept minutes, bon, décidément, j’ai du mal à faire moins. Il fait quasiment jour maintenant, je range la frontale.

Traversée de Soucieux et retour dans les bois, une petite descente, deux gros point de côté à droite au diaphragme et à l’aine, je n’avance plus très bien. Une voix claire derrière moi « Nathalie ! J’ai vu ton buff Xrun de loin, je voulais te rattraper ! ». C’est Anne-Pia ! Trop bien ! Elle a l’air fraîche comme une gardonne. « On va finir ensemble » me dit-elle. J’aimerai bien, mais je suis dans le dur là avec mes points de côté qui me font un mal de chien, je n’avance plus. On passe un petit pont. Je lui dis d’y aller, je ne veux pas la retarder. Elle s’éloigne doucement, je la vois toujours, elle grimpe les côtes comme un chamois, ça m’encourage à m’accrocher. J’essaie de respirer amplement pour faire passer les pointsde côté, d’appuyer dessus en soufflant comme m’a appris mon prof d’EPS à l’école primaire . Ca commence à aller mieux. Je me dis que tout va bien pour l’instant, puisque je n’ai pas mal aux genoux du tout. J’avance correctement en arrivant à Chaponost, je suis plus optimiste, je me dis que si j’expédie le ravito et que Anne-Pia s’y arrête, je pourrai prendre un peu d’avance pour que nous
finissions ensemble sans que je la retarde. Chaponost, km 62, 8h50, 7,2 km/h, 2611ème (prévi 9h). Anne-Pia est au ravito, elle a prévu de s’arrêter un peu, je lui explique mon plan, elle est OK, j’attrape du pain et du fromage plein les mains et je file sans remplir ma poche, qui contient de toute façon largement assez d’eau pour finir. Je marche d’un bon pas le long du lac en dégustant mes victuailles,un petit pipi dans les bois avant de retourner à la civilisation, puis je me remets à trottiner. Anne-Pia me rejoint au bout de 3 km, elle a l’air un peu plus dans le dur. Moi maintenant, ça va. L’habituel yoyo du long …

Je l’encourage à relancer en haut des côtes, « la relance, Anne-Pia, la relance, on s’entraine à ça toute l’année, maintenant ça sert ! ». Elle avance super bien, une vraie guerrière. Nous envoyons à quasi 11 km/h dans les descentes, après 65 km de course, c’est pas si mal quand même. Arrive la grosse descente le long de l’aqueduc, et LA montée, que nous accueillons d’abord avec soulagement car nous en profitons pour marcher. Mais c’est qu’elle est longue quand même cette fameuse côte, un bon km, et bien raide. Mais c’est la dernière. On prend à gauche, on descend dans le parc accrobranche, encore une petite montée que nous marchons avec délectation. Panneau 3 km, c’est bon ça ! Ca redescend gentiment, on avance bien, panneau 2 km, yes ! Et le panneau 1 km, en haut des fameuses marches qui descendent vers le fleuve. Bon, mais, c’est une arnaque, il y a plus d’un km encore là ! On se passe le film avec Anne-Pia : il reste les marches, l’affreuse épingle à cheveux sur les quais, le pont de l’autoroute, la passerelle Raymond Barre, quelques virages … Bref, peu importe, Anne-Pia dévale les marches à toute allure, je la suis. Arrivée en bas, elle est en pleine forme et moi … je n’ai plus de jambes ! Plus du tout, rien, nada, que dalle. Tout juste si je tiens debout. Elles n’ont pas dû aimer les marches, comme c’est bizarre, je me demande bien pourquoi . Une vieille rancune peut-être ? Anne-Pia m’encourage, m’attend, m’encourage encore. Je ne veux pas la retarder, alors j’avancequand même, 10,5-11 km/h, pas si mal, pourtant j’ai l’impression de me trainer. Sur le pont de l’autoroute, un automobiliste nous klaxonne pour nous encourager, sympa, ça motive. Que c’est long…

Enfin la passerelle Raymond Barre, qui monte un peu sur la première moitié, si si ! Les virages, les pavés, nous y sommes, « c’est le meilleur moment maintenant » savoure Anne-Pia. Nous franchissons l’arche main dans la main, nous nous embrassons, nous avons réussi ! Et nous avons fini ensemble . Nous avons bien assuré ! Merci Anne-Pia pour tes encouragements quand j’étais dans le dur, ça m’a beaucoup aidée. Nous finissons en 10h14, je suis 2368ème, pour une prévi à 10h30. C’est deux heures de mieux qu’en 2014 et j’arrive en bonne forme, pari réussi. Nous récupérons nos T-shirt finishers (à notre taille ) et nous cherchons les copains. Antoine et Fanny sont arrivés depuis longtemps, Matthieu est là aussi. Antoine a réussi son objectif, finir en moins de 8h, il a mis 7h57, il est ravi. Quant à Fanny notre championne, elle arrive 16èmeféminine en 8h01, un top 20 donc ! Elle est enchantée, il y a de quoi ! Matthieu aussi est content. Saadia arrive peu de temps après. Elle s’est fait écraser le genou par des balèzes qui lui sont tombés dessus, mais elle est contente aussi. Yasmine arrivera plus tard et rentrera en voiture avec Saadia et son chéri. Les XRunners de la SaintExpress ont tous bien réussi leur course aussi. Bref, une super expérience pour tout le monde. C’est très sympa d’être un groupe sur une course comme celle-ci, on s’entraide, on se soutient, on s’encourage et ça fait de beaux souvenirs.

Avec Anne-Pia nous allons tester les douches de l’organisation. Bon, là, mention peut mieux faire ! Deux grandes tentes extérieures, non chauffées (rappel, il faut -1°C dehors), spartiates. Un open-space « vestiaire » avec des rangées de bancs pour se déshabiller et l’on passe dans un autre open-space « douches » avec des tuyaux au plafond et des pommeaux régulièrement espacés, sur caillebotis. Je suis gelée et me rhabille en grelottant. La soupe de nouilles chinoise était bonne, la bière aussi. Retour sans encombre en TGV, j’ai surtout dormi je crois. Le train était plein de coureurs de la Sainté qui
rentraient. A la maison nous retrouvons les enfants en forme, ils ont bien assuré de leur côté pour leur premier WE sans parent. Et il reste des lasagnes pour le diner ! Cette deuxième Sainté-Lyon était une belle expérience, qui donne envie de revivre des moments comme ça. Il y en aura donc peut-être une troisième. Il nous reste maintenant à faire une soirée VRAIS
mojitos avec toute la bande !