Quand, au mois d’octobre dernier,  je me suis inscrite à Xrun Trail, c’était pour, un jour, participer à une course dans un environnement que j’affectionne particulièrement : les montagnes alpines dans lesquelles j’ai construit mes plus beaux souvenirs d’enfance. D’ailleurs, mes origines maternelles se situent au pied de la chaîne des Aravis, non loin d’Annecy, du côté du Grand-Bornand.

Alors, quand un Xrunneur (Manu je crois), me parle avec enthousiasme de l’existence de la Marathon Race, un trail qui surplombe le lac d’Annecy entre forêts, alpages, torrents je n’ai pas hésité longtemps à m’engager dans ce défi qui me paraissait encore un peu fou : 42 km 2800m D+ !!! Après tout, il est vrai, que j’ai une bonne expérience trekking en montagne alors pourquoi pas, avec une bonne préparation, y croire surtout que Fred, mon super coach, ne semble pas du tout effrayé par mon projet.

J’ai donc suivi, avec grand sérieux, parfois en traînant les pieds (je l’avoue) mon planning d’entrainement jusqu’au jour J et là, mince, le doute m’envahie, ce fichu manque d’assurance qui me poursuit dans tous les domaines et qui me fait dire : « qu’est ce que tu fais là ? » surtout que les copains Emmanuel et Sam qui, la veille, ont couru en relais la Maxi Race, me font comprendre que oui c’est dur !!! Ceci dit ils ont aussi beaucoup soufferts de la chaleur estivale de 30°C alors que le lendemain, jour de course, il est prévu une grosse perturbation orageuse, ce qui me rajoute, néanmoins,  une bonne dose de stress.

« T’inquiète, ça va aller. Pense avant tout à bien t’alimenter et t’hydrater. Bonne balade ! » c’est le dernier message de Fred le coach, que j’ai en tête quand, avec Seb un ami de Boostbastille, nous nous réveillons ce dimanche 29 mai à 4h du matin. Je charge bien mon sac en eau (2 litres) et place dans mes poches je ne sais même plus combien de barres et de gels (de quoi tenir une bonne semaine perdue dans les montagnes je pense ;-)), puis nous voici, à 6h du matin, dans le car qui nous mène sur la ligne de départ de Doussard, à l’autre bout du lac.  Depuis ce car, j’observe les montagnes, que nous allons parcourir, et je me sens déjà toute petite face à cette immensité.

Sur place, je retrouve super Marie-Laure, la belle bleue 😉 qui semble avoir la pêche et heureuse d’être là et nous croisons l’ovni du Trail, ambassadeur de XRUN, Vincent Viet en grande forme. À le voir, j’ai bien du mal à imaginer que, la veille, ce dernier, à déjà dans les jambes 44 km et qu’il se soit placé 2ème. Après une petite photo de groupe, je l’observe prendre le départ de la XL-Race (83 km en 2 jours) le regard déterminé, il a la gagne !

Avec Seb et Marie-Laure, bien humblement, on prend place dans le sas 7h voir plus.
Pour l’instant il fait beau mais les organisateurs nous annoncent que, en raison d’une grosse perturbation prévue en fin de matinée, ils vont nous faire passer par les zones de repli pour raison de sécurité avec un parcours réduit à 36 km.

A ce moment précis, l’idée de 6 km en moins me convient pour une première expérience, mais dommage pour les paysages et puis quel déluge va nous tomber sur la tête ?

Les filles semblent, pour beaucoup, se connaître effectivement elles sont de la région une d’elle me demande d’où je viens et quand je lui dit « Paris » elle semble étonnée que l’on puisse venir de si loin et pourtant plusieurs concurrents viennent de l’étranger.

Je pense, alors, à mon mentor Dawa Sherpa quand il dit : « Les vrais vainqueurs sont ces anonymes qui viennent de Bruxelles ou Paris, des régions des plaines, qui travaillent toute la semaine et qui finissent des courses de montagne. Nous les élites, on est dans notre jardin. » 

 7h30, ça y est le départ de mon petit Ultra Trail est lancé ! (Doussard : 466 m)

Seb a déjà pris de l’avance sur cette partie de route bien roulante et avec Marie-Laure nous décidons de rester ensemble, du moins d’essayer, en courant à une allure moyenne.

En bas du col de la Forclaz premier petit entonnoir. Chaque concurrent prend gentiment sa place sur le petit sentier qui serpente vers le sommet. Personne n’ose doubler et l’ambiance est plutôt à la plaisanterie et à la bonne humeur, à part, une petite italienne nerveuse qui ne comprend pas pourquoi tout le monde marche et c’est la seule à user un peu des coudes. Hihi je la doublerai bien, plus loin, sur une portion bien roulante car je tiens compte des conseils des coaches : « Il faut mieux marcher dans certaines côtes pour être à même de relancer ensuite ».

J’ai déjà perdu Marie-Laure je ne sais pas si elle est devant ou bien derrière moi.

J’ai comme le drôle de sentiment d’être en queue de peloton. J’essaye, constamment, d’évaluer le nombre de concurrents derrière moi peut-être 30 tout au plus. Déjà que, lors des entraînements, j’ai l’impression d’être un boulet alors là ça me mine déjà un peu le moral. Cette impression ne va pas me quitter, tout le long de la course, alors je décide de ne regarder que devant moi et je m’accroche et accélère, du mieux que je peux, dès que cela est possible. J’essaye de prendre du plaisir rien que du plaisir, je vis l’instant présent et je savoure la chance d’être en ces lieux. Malgré mes cuisses qui commencent à chauffer, mon esprit s’évade…des odeurs et le sifflement des oiseaux font remonter des souvenirs d’instants de bonheur.J’entends le son des cornes de brume et le tintement des cloches ce qui m’indique que le haut du premier sommet est proche. Je n’ai qu’un seul objectif : être finisher et ne pas être happée par la barrière horaire.

Au col de la Forclaz (1100m) il y a comme une ambiance de Tour de France. Les supporters sont présents ce qui me ragaillardit pour relancer ma course dans la petite descente avant d’attaquer la monter vers le chalet de l’Aulps. Malgré l’humidité, je commence à avoir chaud et je n’oublie pas les recommandations du coach je m’hydrate régulièrement et j’entame des petits gel d’endurance.  Dans la montée l’ambiance alpage est totale. Les vaches sont là, le sentier est comme je l’aime sinueux et rocailleux. Je suis bien contente de pouvoir m’aider des bâtons et je n’arrête pas de remercier Manu pour le prêt car ils me sont indispensables pour soulager mes jambes dans les ascensions. En passant au pied de la Tournette, j’ai une petite pensée pour mon père (oui c’est SA montagne ;-)).

02:11: 35 de course, 11,6 km, 1066mD+ j’atteins le Chalet de l’Aulps à 1366 m.

Je suis contente et en forme avec de bonnes sensations, mais, voilà que le vent se lève suivit des fortes pluies orageuses annoncées. Les sentiers, déjà bien boueux, se transforment en petits ruisseaux. Cela me ramène à la Spartan Race, je trouve cela plutôt ludique et je prends un malin plaisir à sauter par dessus les flaques, voir les trous d’eau. Devant moi, je crois apercevoir Marie-Laure alors j’accélère un peu pour arriver à sa hauteur et non… c’était un sosie.

De Rovagny à 1039 m d’altitude jusqu’à la Forêt de Planfay (954m) on nous fait passer par un chemin forestier de repli, d’un peu près 6 km, en faux plat, et là je n’ai qu’une envie atteindre la prochaine ascension, plus technique, car finalement je déteste les lignes droites, c’est lassant car ça ressemble aux grandes allées du Parc de Saint Cloud et je ne suis pas là pour ça. J’en profite pour sortir ma veste imperméable, pour faire comme tout le monde, car étant déjà bien mouillée je n’en vois pas grand intérêt. En tout cas, en situation, je comprends mieux l’utilité des séances de fractionnés : ralentir, repartir, relancer à pleine puissance dès que possible. A cette heure, les copains du 10 km de l’équipe sont également en plein effort et je les encourage à distance. Surtout mon homme de cœur qui tente de battre son RP. A 20,4 km enfin une belle vue sur le lac à l’emplacement d’un départ de parapente. Même le paysage est brumeux, je prends un petit selfie souvenir et c’est reparti vers Menthon-Saint-Bernard. Je suis rassurée car mes nouvelles chaussures accrochent bien sur le terrain glissant et me permettent d’assurer mes relances.

03:58:53 de course, 24,2 km, 1341m D+, passage par le dernier ravitaillement de Menthon-Saint-Bernard. Manu et Sam m’avaient prévenu : « Attention ne reste pas trop longtemps car après c’est difficile de repartir et la montée vers le Mont Baron est assez longue et redoutable ».

Je suis totalement trempée alors je prends tout de même 10mn pour avaler quelques pâtes chaudes et faire le plein d’eau. A la sortie du gymnase, je jette un coup d’œil aux traileurs qui arrivent toujours persuadée de faire partie de la dernière rame. Je prends le temps d’admirer le majestueux château et j’aborde la montée avec détermination. Effectivement, celle-ci est abrupte, rendue très glissante par la pluie et semble surtout interminable. Elle se gravit que par la force des bâtons et en faisant un choix judicieux des appuis. Je ne sais d’ailleurs pas comment fait Seb, sans bâtons, et pourtant il doit se trouver loin devant. Un volontaire m’annonce encore 1h15 de montée. Par moment mes jambes tétanisent et le cardio doit être au max. mais je tente de garder un rythme assez soutenu et régulier. Coach Philippe aime la régularité.

Repli Mont Baron : 06:58:02 de course, 2052mD+

Au sommet la pluie est toujours intense et heureusement que de nombreux volontaires sont là pour nous féliciter et nous encourager à l’approche de la descente finale.Thomas Lorblanchet, vainqueur de la XL Race, tout de suite après sa course, parle de grosses conditions sur la fin et d’une descente très glissante à cause de la pluie.
Je confirme ! Boue, rochers, racines rendent cette descente très technique, de plus, la fatigue se fait ressentir et je dois redoubler de vigilance. Je suis témoin de plusieurs chutes, j’aide des concurrents à se relever m’assurant que tout va bien (c’est ça aussi l’esprit trail). Je suis peut être un peu trop prudente car je me fais doubler à plusieurs reprises mais je ne souhaite pas me fouler la cheville si proche du but. Il va falloir que je travaille un peu plus la technique de descente, que je prenne plus d’assurance. Après un coup d’œil rapide à ma montre je m’aperçois que nous avons dépassé les 36 km annoncés et que l’on approche surement des 40km. Puis enfin la sortie du bois, le lac est là !

1 km avant l’arrivée :  06:51:03, 2280 D+

Le plus beau km de ma vie ! Je suis totalement envahie par l’émotion et même une belle éclaircie fête ce final de folie. Des enfants tendent leurs mains, des inconnus me félicitent, Je trouve encore l’énergie pour accélérer l’allure proche de ma VMA. Tel dieu je cours sur l’eau ! Enfin, du moins sur des planches. C’est trop bon et j’en ai des frissons, les larmes me montent aux yeux, l’esprit est chamboulé. Dans le dernier virage j’entends le speaker scander mon nom ! GENIAL !

Après 06:58:02 de course, je suis FINISHER DE LA MARATHON RACE et je n’étais pas dans la dernière rame.

Un grand merci à mes coachs Xrun Trail, Fred et Philippe grâce à votre préparation, conseils, encouragements et soutiens je peux enfin croire en mes possibilités et aborder mes prochains objectifs avec plus de sérénité et d’assurance !

Je suis aussi ravie d’avoir partager ce magnifique défi avec les XTraileurs Sam, Manu, Marie-Laure et mon super pote Seb avec lequel l’aventure running a démarré il y a maintenant plus d’un an et est loin de se finir. J’ai juste envie de recommencer !