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Pourquoi je me suis inscrite au Marathon Des Sables ?

Pour tester un nouveau format de course : la course par étape .

Et aussi parce que la préparation de cette course ne se limite pas qu’au physique : il faut tout prévoir puisqu’on est en autonomie totale pendant 7 jours. Tout doit être réfléchi, pesé, préparé au niveau du sac, et quand la course commence, il faut la gérer parfaitement si on veut arriver au bout des 257km. Car croyez-moi, c’est vraiment long 257 bornes !!!

La première étape (34km) nous met tout de suite dans le bain : des dunes,un oued sablonneux, une tempête de sable avec un violent vent de face. On comprend vite ce qui nous attend, ça va être compliqué pour ne pas dire très très difficile. La deuxième étape est plus longue (41,5 km) mais il y a moins de sable et donc ça passe mieux. La troisième étape (37km) est un condensé des deux premières donc longue et compliquée. Au bivouac où j’arrivais exténuée après 8h dans le sable je me concentrais sur les tâches immédiates : récupération, soin des pieds, envoi du mail, toilette succincte, dîner et dodo. Le lendemain est un autre jour, il ne faut pas y penser sinon on abandonne tout de suite…. Et le lendemain on repart sans penser à la fatigue de la veille et on continue comme ça pendant les 7 jours .

Les 3 premières étapes passées, on part pour la  » Longue « , 84km cette année et sablonneuse à souhait ! C’est dur, très dur, long, très très long. Je m’interdisais toute pensée négative pendant ces kilomètres interminables me répétant sans cesse  » avance, là tout de suite tu montes cette dune, là tu te fais les 10 km de caillasse et après tu verras, chaque pas me rapproche du CP et  de la ligne d’arrivée,  avance… ».  La nuit tombe, la frontale n’éclaire que du sable, encore et toujours, c’est usant, du sable, et encore du sable…. Dernier CP à 10 km de l’arrivée, il est environ 4h du matin. J’ai puisé au bout de mes réserves physiques, j’avance à 3km/h en titubant de sommeil. Je fais un rapide calcul : à cette allure je vais mettre plus de 3h à rallier l’arrivée et surtout je m’en sens totalement incapable. Je connais ma limite d’épuisement, et là je l’ai atteinte. Il faut que je dorme ! Je déplie mon duvet et m’endors illico. 1h après, je me réveille. L’aube pointe le bout de son nez, il est environ 5h. J’ai dormi profondément et ça va mieux. Je me lève, remballe mes affaires et cours ( trottine pour être exacte 🙂 jusqu’au bivouac profitant par la même occasion d’un splendide lever de soleil sur notre terrain de jeu. En ‪1h30 j’y suis après avoir doublé 31 coureurs qui avançaient à 3km/h :). Comme quoi, ne pas hésiter à dormir pour récupérer sur les Ultras.

La 5ème étape c’est l’étape Marathon, 42 bornes, donc longue, sablonneuse, mais c’est la dernière chronométrée. A l’arrivée on est finisher. Alors je rassemble mes dernières forces mentales et physiques . J’en ai plus que marre de tout ce sable, vivement que tout ça se termine, ma tendinite au genou s’est réveillée, mes 10 ampoules serrées dans les chaussures me font mal, quelle course de dingue ! Mais je vais aller chercher cette médaille dont je rêve depuis si longtemps. Je prends conscience que le corps humain est incroyablement résistant quand le mental est au diapason. Que c’est bon de passer la ligne avec les yeux humides de bonheur et d’émotion, de se dire que ça y est, c’est fini, c’était trop dur mais je ne regrette rien …

Le lendemain, c’est l’étape Solidarité Unicef non chronométrée mais obligatoire. Encore quelques heures… Le cerveau sait que c’est le dernier jour et commence à entendre la souffrance du corps. On a poussé très loin la machine, la récupération au bivouac devenait difficile, on dort peu, le vent a soufflé fort cette nuit, la tente s’est effondrée, le sable était partout …. Ces 17,5 derniers kilomètres seront les plus longs… Mais au bout, nous, les 6 rescapés de la tente 88, nous passerons la ligne ensemble, main dans la main, et ça c’est magique et c’est le moment le plus fort du MDS ! Après la ligne on nous remet notre médaille , on monte dans les bus avec un sac repas. Fini le lyophilisé , place au saucisson , au pain, au fromage … On commence à retrouver notre vie d’avant, celle où on va pouvoir se laver, dormir dans un lit, mettre des affaires propres … Pendant les 5h de route qui nous ramènent vers Ouarzazate, on réalise qu’on a vécu une incroyable aventure, on a déjà presque oublié combien on en a bavé. On ne pense qu’aux bons moments partagés au bivouac avec les coureurs et aux bénévoles qui nous ont soutenu tout au long de la course.

Je termine en milieu de peloton. 12ème V2F sur 40. Je suis contente de moi, j’ai bien géré la course et le sac. Il ne me reste aucune nourriture et je n’ai manqué de rien. Mon sac pesait 10kg au départ ( 7kg + 3 litres d’eau ). Ça, ça tue les épaules d’emblée!

Le Marathon Des Sables, c’est une course hors norme à tout point de vue qu’il faut faire au moins une fois dans sa vie de coureur. En passant la ligne je disais  » plus jamais ça ! » , 15 jours plus tard, la nostalgie du désert et de l’ambiance du bivouac me rattrapent … Peut être que j’y retournerais… Quelque chose a changé en moi, je suis devenue plus forte 🙂

Merci Adrien pour tes plans d’entraînement qui m’ont permis d’enchaîner les km. Une bonne préparation, un bon mental, et c’est la médaille du MDS !

Vive l’Ultra Trail !

Véronique