Origole, le Perray en Yvelines, le 3 Décembre 2016

L’Origole est une épreuve qui a lieu tous les deux ans en version longue distance, sous une forme à chaque fois différente, et cette fois-ci, c’est un trail de 112 km et 3300 m de dénivelée positive (le seul ultra en Ile de France à ma connaissance), sous la forme de deux boucles en « 8 » de 55 km chacune : l’intersection de ces deux boucles est également le point de départ et d’arrivée ainsi que le point principal de ravitaillement (c’est un gymnase chauffé – partiellement – et avec eau chaude !).

Petit coup de stress avant la course : je réalise soudain, dans le RER qui me conduit au Perray, que j’ai oublié ma batterie de rechange de lampe frontale. Je sais qu’une seule batterie ne me permettra pas de tenir toute la nuit – fort longue et froide à cette période de l’année – et cherche donc, parcourant la ville de part en part, une lampe de secours, de plus en plus désespérément au fur et à mesure de mes échecs successifs, jusqu’au tout dernier magasin possible qui possède ce bien infiniment précieux : une lampe – pas frontale mais il ne faut pas non plus trop en demander – suffisamment puissante pour voir où mettre les pieds ! Au total, 4 km de pérégrination angoissée, ce qui entame le potentiel du traileur moyen…

Seconde source de stress, plus profonde celle-ci : c’est ma reprise de trail, deux mois après le Tor des Géants, et je me demande si je suis capable – physiquement et mentalement – de réussir cette épreuve: j’ai heureusement la double chance de bénéficier et d’un entraineur formidable (Adrien, que je remercie une fois encore), qui m’a fignolé un plan d’entraînement exactement adapté, et d’une préparatrice mentale qui ne l’est pas moins (Anaëlle, merci à toi aussi) et qui a les mots pour m’aider à transformer mon stress en motivation.

Départ donc le Samedi à 19 :30 pour une nuit qui s’annonce bien fraiche (-4°), et le peloton part assez rapidement, pour se réchauffer bien sûr, mais également parce que les deux tiers des participants se limitent à la version courte, soit la première boucle (il y a des gens plus raisonnables que d’autres…) et adoptent un rythme adapté. Très vite, le ton de cette première boucle est donné – lamento crescendo : alternances de quelques passages roulants, sèchement interrompus par des montées très raides, et de passages franchement techniques (c’est bien un chemin ça vous êtes sur ?), l’ensemble mettant les jambes à très rude épreuve. Je reste bien concentré néanmoins, focalisé sur mes pas et ma foulée, assez indifférent à l’environnement (nuit noire, pas d’odeur et peu de bruit) à l’exception de quelques monuments illuminés (dont le château de Rambouillet et l’Abbaye des Vaux de Cernay), et du ravitaillement léger sur un parking au 30ième km, dans un froid glacial – 2 minutes d’arrêt suffisent pour être totalement frigorifié, malgré un brasero bienvenu (je tends mes doigts gourds vers la chaleur bienfaisante, le temps de retrouver suffisamment de motricité pour manipuler mon sac et prendre de l’eau). Le froid est accentué au passage près des étangs (froid et humidité forment une association de malfaiteurs redoutable) et c’est avec soulagement que je retrouve le gymnase, après 7h47 de bataille continue contre le froid et le terrain !

Et là, intense combat intérieur : les coureurs dans leur grande majorité ont terminé leur boucle, se réchauffent, se douchent, se réchauffent, dinent, se réchauffent… Quelques coureurs de l’ultra abandonnent là également (de fait nous serons 171 à l’arrivée sur 347 participants) et il me faut une bonne demi-heure de concentration pour me remotiver à affronter le froid – et accessoirement les 55 km qui restent… Une petite pensée au passage pour les bénévoles en statique dans le froid, une longue partie de la nuit…..

Et froid, toujours il fit, et ma frontale, comme prévu, 2 heures avant l’aube défaillit (mais ma lampe de secours vaillamment prit le relai), puis l’aube glaciale se leva… Le soleil apparaît enfin – après dissipation des célèbres brumes matinales – et, s’il ne réchauffe pas, offre un peu de réconfort au cœur congelé du traileur fatigué. Sur la fin et un rythme allegro decrescendo, je me joins à un groupe de quelques traileurs évoluant à peu près à la même allure, s’entrecroisant – et surtout, surtout, s’encourageant ! – régulièrement, au gré des montées et descentes, pour terminer à deux, en devisant tranquillement , après 17 :02 de course (pas le courage d’accélérer pour passer sous la barre toute symbolique des 17 heures), à la fois heureux et soulagé d’avoir pu terminer sans trop souffrir cette épreuve bien… éprouvante.

Je suis donc rassuré et plein d’entrain pour la saison prochaine, le Tor est digéré – je propose un nouveau concept au-delà de la course préparatoire ; la course digestive – en route vers de nouvelles aventures, dans la lumière et la chaleur (je vais finir par commencer à me demander si je ne vais pas éventuellement céder un jour à notre sirène du Marathon des Sables)!

Eric