Se donner les moyens de ses ambitions : tout est dans la préparation.
Un 10km, un Marathon, un 100km, un trail de montagne… à chacun son Everest… celui qui correspond à une épreuve que l’on considère comme hors normes, compte tenu de ses capacités. Il y a encore de cela quelques années, je ne me voyais pas du tout m’engager sur un marathon, puis de fil en aiguille, je suis parvenu à en boucler 7. Il y a encore quelques mois, je ne me voyais pas emprunter les routes du Tour de France de cyclisme pour une partie de manivelles longue de 180km. Et pourtant, avec une préparation adéquate, le rêve peut devenir réalité. Et il est bien là le pont entre vélo, la course à pied ou la natation. Bon, çà doit être valable pour les autres activités sportives, mais bon…
Tous ceux qui me côtoient savent que le sport fait partie intégrante de ma vie, de mon ADN. Je pense en avoir toujours fait depuis l’âge de 9 ans. Alors oui, pas à haut niveau, mais toujours de manière assidue et impliquée… une sorte de dépendance à l’endorphine… Parmi mes challenges sportifs, figurait un marathon, figure toujours un marathon en moins de 3 heures, effectuer une étape du Tour de France ou encore faire un Triathlon Iroman…. Sacré programme vous me direz. Jusqu’à hier, je n’avais pu en rayer qu’un seul de la liste… et depuis dimanche, j’ai pu en rayer un second… Bon, l’Iroman c’est pas pour tout de suite, il faut que j’apprenne à nager correctement avant et surtout changer de boulot…. Et non, en plein mois de juillet, il me parait encore plus illusoire de perfer en moins de 3h sur Marathon… Alors oui, au passage de la ligne, c’est un grand sentiment de fierté qui m’a habité. J’ai pu mener à bien un gros challenge sportif qui me paraissait monstrueux il y a encore un an.
Et il y a un an, ceux qui me connaissent très bien m’ont offert l’inscription à « l’Etape du tour 2017 » pour mes 40 ans… histoire de marquer le coup. Ok, mais l’Etape du Tour, c’est quoi ? Bon pour commencer, ce n’est pas de la course à pied… quoi que, je connais des fadas qui font aussi 180km en montagne sur 2 jours en jouant du bâton… David si tu me lis, une grosse pensée à toi 😉
 Non là, l’idée d’ASO, c’est de permettre aux cyclistes amateurs de faire une des étapes du Tour de France, et tant qu’à faire, c’est une étape de montagne qui est toujours proposée… Et pour cette année, le menu, c’est 181km et 2 cols très difficile à grimper : le col de Vars, puis le Col de l’Izoard… Déjà, faut se tanquer les 181km sur le plat…. Alors en plus si on corse le tout par des murs à monter… ça m’a semblé insurmontable. Mais je pensais la même chose du marathon alors que je peinais à courir plus de 30’… si si…
Une fois les bouteilles de champagne vidées, je retrouve rapidement mes esprits et prépare déjà mon plan de bataille. Les vacances se feront à la montagne et il m’a fallu un trésor de conviction pour embarquer la famille hors des plages l’été dernier. Et c’est bien là, le secret : une préparation adaptée… me voici dans en Hautes Alpes… je découvre les sorties longues en montagne et les premiers cols, surtout ceux hors catégories. Le col de la Forclaz, première expérience, m’a forcé à mettre pied à terre, incapable que j’étais, d’aller au bout des 9km d’ascension… pour une sortie de 80km seulement… j’ai eu toutes les peines du monde à rejoindre le sommet. Mais hors de questions de me décourager, 2 jours plus tard, je repars pour découvrir les autres cols du coin : le Semnoz, un peu plus loin, le col de la Colombière, Joux Plane (Col Hors catégorie terrible….) , les Aravis, La Pierre Carré (20km d’ascension)… Et là, je me rends compte qu’il y a du boulot, car mes sorties ne dépassent pas les 100km avec un seul col, voire deux de franchis à petite allure. J’en reviens à chaque fois épuisé… Ok, vous allez dire, le gars est déjà capable de faire 100 bornes à vélo… mais là, aussi c’est venu petit à petit… 2h de vélo, puis 3, puis 4… à 25km/h et on y est… mais c’est tout plat… alors que là, faudra grimper un tout petit peu…
Ma double aponévrosite, qui m’aura interdit toute séance de course à pied pendant 4 mois, aura au moins eu le mérite de me libérer du temps pour le vélo… j’enchaine donc les sorties… et fait des sorties de 4h, un classique… ce jusqu’en décembre. Après plusieurs lectures, je sais que le principe de base est de travailler le foncier et d’accumuler les heures de selles. C’est que pour aborder correctement une cyclo en montagne, il faut au moins compter 7 000 bornes au compteur. Dimanche, j’en affichait 6 958… Si le marathon de Hambourg a été une délivrance pour moi, suite à ma blessure, j’avais comme principal objectif pour cette année d’arriver en haut de l’Izoard et à vélo, pas en errant comme une âme en peine, le vélo à la main, comme je l’ai tant vu faire dans les vidéos des précédentes éditions. Alors oui, je me suis déjà lancé dans des aventures la fleur au fusil, sans réelle préparation. Ça a notamment été le cas pour le Trail du Morbihan (56km) ou encore la Marathon Race d’Annecy… et là, forcément pas de surprise… j’ai douillé comme jamais… hors de question de vivre un pareil moment sur l’Etape du tour.
Donc, une fois le Marathon d’Hambourg terminé et malgré une grosse contre-performance, je suis déjà focus sur mon objectif de l’année… et j’organise tout en conséquence :
– séances matinales sur Home Trainer pour la semaine ;
– travail de côtes en intensité le samedi matin, PPG le samedi après-midi ;
– sorties longues de 4 à 6h le dimanche, voire 6h40 pour la plus longue ;
– week-end en montagne pour vraiment travailler spécifiquement ;
– participation à des petites cyclos pour se faire les jambes.
De 50 à 60km intensifs en ayant très mal aux jambes, j’en suis arrivé début juillet à pouvoir enchainer 110 bornes dans une vallée montagneuse avant d’aborder le célèbre col du Mont Ventoux et ses pentes régulières à 11%, pour un total de 140 bornes. Le lendemain, je remettrai çà…
Ce dimanche 16 juillet, Après 10 semaines de préparation spécifique, je suis assez confiant. Ce n’est clairement pas suffisant pour claquer une perf’, mais ça devrait me permettra d’arriver au bout dans un bon état. Et on y est… Réveil à 4 heures du matin… il faut impérativement être sur place avant 6h… les routes seront fermées ensuite. Les premiers partent à 7h. Nous (mon cousin, un ami et moi), nous patientons dans un café… gâteau sport à la main… le stress aidant, l’accélération du transit intestinal se faire sentir… du coup, on loupe l’entrée dans notre SAS n°14 et on se voit reléguer dans le 15ème et dernier SAS… peu importe… notre objectif est de finir. Et nous voilà parti pour 181km de manivelles…. Et ça descend, sur une belle route nationale bien large… je reste sur la plaque (le grand plateau) et trouve tout de suite un peloton… mais personne ne veut rouler… ça se regarde… c’est que tout le monde connait le parcours piégeux : 60 bornes faciles entrecoupées de multiples bosses et de faux plats montants… usant à la longue… il n’y a pas beaucoup de vent, je mets donc le nez à la fenêtre et on se relai mon cousin et moi. Mon ami, Sébastien commence sa course à l’italienne, il ne passera jamais devant, sauf sur les cols. Le départ a été donné à Briançon, et jusqu’à Embrun, on est sur un rythme de 34km/h…. Et pourtant, arrivés au premier ravito, on se fait presser par la barrière horaire… c’est qu’on est parti dans le dernier SAS. Les ravitos justement, parlons en… j’avais peur que ceux-ci soient peu fournis, mais il n’en a rien été. Une organisation impeccable avec une quantité amplement suffisante, même pour les derniers. On s’est arrêté à chacun des 4 points de ravitaillement pour faire le plein en eau, en barres énergétiques, gels, bananes ou denrées salées, surtout sur le coup de midi…
Et nous voilà reparti, on continue de dépasser, de petits groupes en petits groupes… ça ne roule toujours pas… je prends donc l’initiative de notre propre groupe et de temps en temps, mon cousin me relai… Sébastien continue la patinette derrière…. De village en village, nous sommes encouragés, beaucoup de spectateurs au bord des routes, une réelle fête locale… je roule à la sockette… tout va bien, souriez, ce n’est que du vélo !
Km 101, arrivés à Barcelonnette, 3h40 d’effort… et déjà 1 200m de dénivelé dans les pattes on est dans un bon rythme, tout va bien, c’est la pause déjeuner… éh, c’est qu’il est près de 13h tout de même. Je rappelle à mes compagnons que le petit déj remonte à 5h… on prend donc le temps de faire le plein avant de passer aux choses sérieuses… quitte à perdre du temps au chrono… peu importe, l’objectif c’est de finir. Et là, plus personne ne parle, ne rigole, on sait ce qui nous attend… 20km plus loin… il y a le Col de Vars… certes court, 9km, mais à 9% de moyenne… et c’est surtout qu’avant d’y arriver, c’est 20km de faux plat montant… ça use avant même de réellement grimper… d’où l’importance de ne pas partir trop fort au départ…
Et nous y voilà, tout à gauche, tout à gauche, je veux monter en souplesse… Sébastien visse et me passe devant… je prends sa roue et découvre pour la première fois depuis 5h son numéro de dossard… derrière, mon cousin a cédé… il ne reviendra pas… je tiens le rythme pendant 6km… on dépasse, on dépasse… à droite, certains marchent déjà, vélo à la main, à gauche, d’autres se font assister par la Croix rouge…. Moi je lève le nez, le paysage est magnifique, mais j’ai mal aux jambes quand même… d’un seul coup je butte, je suis planté sur le bitume, Sébastien s’en va… les 3 derniers km sont très difficiles… je ne peux plus lever les yeux, j’ai la tête dans le guidon… Au dernier lacet, je jette quand même un coup d’œil à ma cassette et là horreur… je suis sur le 25 dents… dans mon empressement à prendre la roue de Seb, je pensais avoir tout mis à gauche… mais en fait, pas tout à fait… j’ai encore 3 dents de réserve. Et là, en 28… ça passe déjà mieux… mais le mal est fait… je viens de griller de précieuses cartouche… au sommet, je rejoins Sébastien au ravito… ça chambre… puis on de décide à repartir… sauf qu’on ne voit pas mon cousin… je l’ai laissé en zig-zag au pied du col… il reste 50km à parcourir, dont l’Izoard à grimper… on ne peut pas le laisser seul. On décide donc de l’attendre…. Il nous rejoindra 20mn plus tard…
Et nous voilà (enfin) reparti, parti pour la descente. Habituellement, j’ai bien la chocotte en descente. C’est simple, en descendant un col, on va aussi vite qu’une voiture, sinon plus vite… à la moindre erreur, c’est au mieux la paroi rocheuse, sinon le ravi. Mais lors de mes séances d’entraînement, j’ai appris à descendre, les mains en bas du guidon, travaillé les trajectoires à l’aide des tutos sur Youtube (notamment ceux sur Vicenzo Nibali, le meilleur descendeur du monde). Et là, sur route fermée, avec un parfait revêtement, s’en a été presque jouissif… 97km/h en pointe, j’emmène un groupe qui suit mes trajectoires (plusieurs participants m’ont félicité en bas du col)… puis fini la rigolade, on part en direction des gorges qui nous emmène tout droit vers l’Izoard. 165km au compteur… j’ai mal aux jambes, j’ai soif, j’ai faim… pffff il fait chaud…. Il reste 16km…. Le col de l’Izoard est un col Hors Catégorie, c’est-à-dire parmi les plus difficile… surtout après avoir fait 165km….
Je sais que je suis parti pour 1h30 de montée… en fait je mettrais 2h… le pied du col est déjà solide… on arrive à La Chalpe, dernier ravito… je me renverse une bouteille d’eau histoire de rafraichir le moteur… plus que 9 bornes de montée comment dire, plutôt hard… on est sur une portion à 11%… sans répit pendant 7 bornes… aux alentours, c’est la cours des miracles… moi, je reste motivé… çà fait déjà un moment que je ne regarde plus les lacets suivants… çà file la gerbe, je ne regarde pas non plus en bas, ça file le vertige… je n’arrive même plus à me mettre en danseuse… je frôle les crambes… mon vélo pèse 3 tonnes, encore 3 bornes… on sort de la forêt et arrivent dans la case déserte… c’est un paysage lunaire magnifique… je dis « on »… moi et les autres concurrents… ça fait bien longtemps que Sébastien est parti… mon cousin lui, je n’ose imaginer l’état dans lequel il se trouve… mais je monte, très lentement, mais je monte…. Je continue de dépasser et ça aussi, ça motive….
Beaucoup d’encouragements de spectateurs déjà positionnés en attente du passage du tour, 5 jours en avance. Les cadors amateurs, ça fait déjà belle lurette qu’ils sont arrivés. Ça s’est gagné en 5h15.. soit 34km/h de moyenne…. Pffff même sur le plat, je ne tiens pas cette cadence pendant 5h… je suis déjà très curieux de voir la moyenne des pros jeudi prochain (20 juillet). Pour moi, 8h20 d’effort et le chrono tourne toujours… dernier km… c’est quoi 1km dans une vie ? C’est quoi 8mn d’effort dans une vie ? mes cuisses ne sont pas du même avis… je lève la tête… ça fait 1km tout ça ??? en fait 1km en hauteur c’est plus long, c’est ça ? je me bats contre ma machine et la pente… 180km…. « Mon gars, on va pas mettre pied à terre maintenant… » ça va pas vite, mais on monte… Un mec à pied m’encourage, je l’en remercie lui et son destrier à 10 000 euros qu’il tient à la main… comme quoi, c’est pas le (super) vélo qui fait avancer le bonhomme… « Allez le dossard 14700 »… nouvel encouragement… Arrrgh, dernier virage, la banderole, j’ai un surcroit d’énergie, je sprint… à 10km/h… la rampe est toujours la même….
Et là, c’est la délivrance… je tombe de vélo… ravis d’avoir achevé une longue journée à vélo… voilà près de 10h (pauses comprises) que l’on ait parti de Briançon. Je ne sais pas combien de litres d’eau j’ai perdu…. Je suis affamé… très fatigué, mais pas au bout de ma vie… Avec Sébastien, on prend le temps de blaguer… on se couvre aussi parce qu’au sommet, il faut un peu frisquet…. Mon cousin fini tout de même par arriver… on fête notre exploit au coca…
 Et c’est reparti pour une nouvelle descente de col. On prend les mêmes et en recommence… je prends la tête et entame une descente rapide…. Sauf qu’avec la fatigue, je n’ai plus la même lucidité, l’effort de concentration quand on descend à 80km/h est trop difficile… j’en ai mal au crâne…. Après 11 bornes à ce tarif, je relâche… mais ça continue de descendre, je fini donc en roue libre, les mains sur les freins et savoure ces derniers moments de fierté.
Oui, l’Etape du tour qui me semblait inaccessible il y a 1 an, je l’ai fait après l’avoir bien préparé. Et peu m’importe le chrono… je suis allé au bout, et c’est le plus important, challenge relevé ! Au final, ça m’aura fait une journée à 210 bornes. Et c’est bien là la conclusion de mon aventure… quand on se fixe un objectif, il faut se donner les moyens de l’atteindre… c’est valable à vélo, comme en course à pied…
Bon la lecture a été assez longue, mais c’est bien à l’image de ma journée de vélo…