Le TOR : 350 km, 30.000 m D+  11/09/2016

tor

AVANT LA COURSE

Course mythique que j’avais en vue depuis longtemps et pour laquelle je me suis inscrit cette annee pour avoir plus de chances d’etre admis dans 1 ou 2 ans…selection severe avec 700 places et un quota par pays minimum (2) et maximum… 500 bulletins dans l’urne et le dernier francais admis est classe 500eme…et je suis tire au sort!!! donc j’envisage de participer avec une preparation  apres le marathon des sables….je suis de pres la guegerre Tor – 4K  (nouvelle course concurrente sur le meme parcours mais a l’envers et la semaine avant le Tor!!!!) car jusqu’a l’ete le TOR risquait de ne pas avoir lieu en raison du manque de refuges (partages entre les 2 courses)….en fait, ma preparation se resume  2 semaines fin juillet a Chamonix avec 2 a 3 h par jour d’entrainement mais pas de week-end “bloc” ou “choc”.

Autre complications… un nouveau job avec déménagement sur Marseille une semaine avant le Tor, 2 meetings la semaine du Tor pour lesquels j’ai du négocier dur avec mon boss de ne pas participer, un déplacement a Copenhague (très arrosé) avec retour le jeudi nuit 3 a J-2, je file au vieux campeur vendredi soir compléter le matos (pour le froid car météo incertaine) et route Paris-Courmayeur samedi.

En bref, tout ce qu’il,ne faut pas faire…course a l’arrache avec decision de participer une semaine avant, sans preparation specifique (duree, descente, altitude, matos) et d’entrainement depuis un mois, je n’ai pas etudie le profil de course (je n’ai pas de plan sur moi!) … mais grosse confiance au vue des courses precedentes que j’ai fini relativement “frais”, des entrainements X Run (merci Fred!) et cela a ete une telle course d’obstacles pour etre au depart que le Tor est deja a moitie acheve avant de commencer!!! je gare la voiture sur une zone interdite le vendredi 6h-12h avec risque de fourriere…cela me donne 116h pour finir ce qui me semble facile…le reveur…

Je retrouve Eric pour le diner a son hotel – bonne decision de ne pas joindre la pasta partie qui termine a pas d’heure…et le lendemain sur la ligne de depart dans une ambiance extraordinaire avec les cloches de vaches en se demandant quand meme ce que l’on fait ici…

Lecon 1 = a l’arrache le Tor tu ne prepareras pas!

LA COURSE

ETAPE 1 – Courmeur-Valgrisenche           On n’est pas là pour rigoler

Grand soleil, depart festif, petits bouchons et grosse etape d’entree avec fort denivele pour calmer les ardeurs. Eric passe devant. Bonnes surprise, la qualite des ravitos (copa, fromage, pasta, soupe, biere!!! Et autres vivre illimites) et de l’accueil et des encouragement (Forza!!! Bravi!!!…) et premiere “nuit” … impossible de recuperer a cause de mes voisins de chambres italiens pas encore fatigues et tres bruyants – une constante toute au long de la course!!!

Lecon 2 = en refuge uniquement tu dormiras!

 ETAPE 2 – Valgrisenches-Cognes  Altitude et manqué de sommeil

Je repars apres 2 heures pour le refuge suivant (refuge = on peut dormir 2 max pour laisser de la place aux autres concurrent) qui est complet …je continue et essaye de dormir en pleine montagne mais mauvaise recup car trop froid et seconde sieste dans la montee du 3300 sous le soleil avec les 2 plus gros cols du parcours (3.200 et 3.300) ou je souffre du manque d’acclimatation a l’altitude et des chemins qui sont escarpes (pas roulant style UTMB) et c’est un peu une surprise. On croise des troupeaux de bouquetins et chamois. “Nuit” a Cognes au 2nd refuge de 3 heures ou je dors bien….5 h de sommeil en36h, c’est pas lourd.  Je consulte les messages de X RUN, c’est super sympa d’avoir tous ces encouragements, et ca donne vraiment des ailes!  Et non, je ne me suis pas arreter pour prendre des photos J MERCI  A TOUS!!!

Lecon 3 = l’altitude dans la preparation tu integreras!

ETAPE 3 – Cognes-Donnas    La machine trouve mon rythme

Je repars lundi a 22h pour une etape plus tranquille (45 km et beaucoup de descente)que je fini a 9h du matin apres une bonne gestion et j’ai trouve mon rythme. 2 bonnes nouvelles, c’est que le choix du matos light a ete judicieux (vetements, lampes, sac, bidon, batons, vivres de course) et que mon estomac qui a ete un peu secoue le premier jour s’est bien adapte. Bonne nuit de 3h a Donnas – (48h et 8h de sommeil). On s’endors a la seconde ou on se pose et on passe toute de suite en sommeil recup, c’est impressionnant!

ETAPE 4 –  Donnas-Gressoney                   Le dormeur debout

Depart de Donnas pour la plus longue etape de 54 km…etape qui n’en finit pas et au cours de laquelle je sympathise avec d’autres coureurs et notamment un Martiniquais  – Louis-Felix Lacrampe quel nom pour un runner! Je dors 2h au refuge Coda a mi-course mais comme la seconde partie semble encore tres longue. Je repars a la tombee de la nuit, et premiere chute d’inattention sans dommage mais avec une grosse frayeur. Je commence a perdre l’attention et vers 1h du matin, je m’endors et 2nd chute et celle la dans la pente ou je roule plusieurs metre, fini par un gros choc et je suis un peu sonne. Bilan, quelques egratignures. Plus de peur que de mal et 15’ a re-escalader la pente. Une fois reparti je decouvre mon buff ensanglante…belle coupure superficielle du cuir chevelu que je cache en mettant mon bonnet avec la hantise de me faire arreter pour blessure!  Chaud chaud quand meme…

Lecon numero 4: les nuits en 2 tu couperas, la lucidite tu ne perdras pas!

ETAPE 5 – Gressoney-Valtournenche     La recup

Au depart de Gressoney je croise Eric qui arrive et semble tres marque. Content de le voir et gros encouragements respectifs… la batterie du telephone est morte…je n’ai plus de contact avec la civilisation. Pas pris de chargeur…stupide car il y a des prises a chaque refuge.

“Petite” etape de transition coupee par une sieste dans un refuge sympatique et arrivee a Valtourenche

ETAPE 6 – Valtournenche-Ollomont                        La contracture

Je reliance a 3h du matin en 3 fois – j’oublie mes batons  ->retour depart – je pars dans la mauvaise direction -> retour depart. OK, je me concentre sur cette etape avec alerte pluie qui de concretise a 6h du matin quand je suis 2.700 m…l’eau qui traverse les 3 couches, gants trempes, pantalon isolant trop petit (seul erreur de matos), faible visibilite…dantesque!!! Arrive au refuge Culny…j’enleve tout, couverture de survie, dodo et je repars alors que le refuge est bonde de traileurs transits et demoralises. Apres 3 jours de soleil, le changement de temps casse la  monotonie et j’apprecie…je m’arrete longuement dans une cabane minuscule avant le col Vassonaz ou je rigole bien avec 2 senateurs francais (= ils ont fini tous les Tor!!!), vent glacial au passage du col, j’accellere pour basculer dans la descente et douleur en haut de la cuisse gauche… Crampe? Dechirure? Contracture?…contracture…elle augmente pour s’installer des que je passe en  mode descente alor que aucun ressenti en montee…jusqu’a la, j’avais tres bien gere la course avec la certitude de finir sans trop forcer…une longue promenade… c’est un autre challenge qui demarre…je descend peniblement en m’aidant des batons jusqu’a Oyace, dernier stop avant la base en me disant que je vais devoir abandonner car il resque encore 70 km!!!..petite pause soins … montee au col suivant, cela va mieux mais la descente du col Brison est un calvaire et je masque ma demarche danse des canards aux 2 controles pour ne pas etre arrete.

Ollomont : pas le choix, je vois le kine qui confirme qu’il n’y a pas de lesion, massage, anti-inflammatoire.  Je fais une longue nuit de 8h, puis re massage, tapping sur la cuisse (apres m’etre fait raser la jambe par un italien!!! La masseuse etait une jolie femme, je ne pers pas completement au change) …

Lecon 5 = des longues descentes dans la preparation tu integreras!

Lecon 6 = les jambes avant le Tor tu épileras 🙂

ETAPE 7 – Ollomont-Courmayeur         Je dois finir ! Je dois finir ! Je dois finir !

Je repars a 9h du matin avec une douzaine d’heure de marge seulement sur le temps max mais repose et la volonte de finir. Je casse un baton 300 apres le depart, ce qui me permet de les remplacer…coup de chance!!! Si cela avait eur lieu a mi etape, je serai out! Longue journee ou j’avance lentement et souffre en descente…le dernier col Malatra en pleine nuit, dans la neige et corde fixe au sommet a 3.000 m est eprouvant…heureusement qu j’ai dormi 2h au refuge precedent…longue longue fin jusqu’q la ligne que je franchi sans emotions a 4h du matin avec 5 personnes a l’arrivee…pas comme Eric, arrive pour l’apero!

Je me fais conduire a la base  de Courmayeur par le chauffeur navette de la course qui roule comme un debile et tres grosse frayeur dans un virage…retour rapide a la realite…bonne nouvelle pour la voiture: ni PV ni fourriere! Le dieu du Tor surement qui m’a aide!

LA FETE ET REFLEXION

Superbe ambiance et grosse emotion avec quelques larmes pour la remise des prix ou tous les finisseurs montent sur le podium l’un apres l’autre et le sentiment d’avoir accompli quelque chose de “grand”, autant pour participer a la course que pour la finir sur une jambe! 700 km de route de retour et boulot le lundi das une autre planete!

La course elle-meme; j’ai reussi avant le final  a profiter et a prendre beaucoup de plaisir, des rencontres avec les autres participants, de l’introspection…vraiment different des courses rapides ou pas de temps a la reflexion… beaucoup plus comme un pelerinage dont on sort grandit…referai??? referai pas???

Bonne lecture !