C’est dans un cadre à couper le souffle, autour du lac naturel du Bourget que Martin Mignot a couru la 5ème édition du « Grand Trail du Lac » (75km ; 3500mD+), le 22 octobre dernier. Il nous fait part de ses sensations et ressentis comme si nous étions avec lui et c’est un réel plaisir ! 

Pour résumer ma course, je dirai que j’ai eu un sentiment assez mitigé…Et pourtant, je partais plutôt confiant ! Cependant, au cours des dernières séances, j’ai commencé à tiquer sur la difficulté de ma FC à grimper selon mes allures cibles… Mais les sensations restant bonnes j’ai préféré ne pas me focaliser là-dessus.
Comme souvent je suis parti seul sur les lieux de ma course. J’étais en voiture car je projetais d’y dormir (départ 5h) comme je l’avais déjà fait une fois auparavant pour le trail des Glières. J’en avais gardé un bon souvenir ! 😉 Je suis arrivé pile à l’heure pour le briefing qui ne savait pas trop comment prévoir la météo car celle-ci changeait toute les 2 heures selon l’organisateur, Florent Hubert (directeur de course de l’Echappée Belle). C’est ce qui m’a fait hésiter longuement sur le choix des chaussures… Terrain gras ou pas ? Telle était la question. Il y a eu aussi une présentation intéressante sur la gestion financière de cette course et le pourquoi de l’impossibilité d’avoir plus de 325/350 inscrits : 80 bénévoles seulement pour gérer les 2 formats de courses 34 et 75km solo/relais.

Extinction des feux à 21h sur le parking du lieu de départ. Réveil à 3h pour entamer un petit déj à base de mon gâteau sport « home made » ! Puis j’enchaine doucement avec la préparation de mes flasques : Je pars avec 2 flasques pleines et j’ai mes 4 autres en poche, prêtes à être dégainées sur les points de ravitaillement (c’est une stratégie que j’ai déjà testée à plusieurs reprises et que je trouve assez rapide lorsque l’on n’a pas d’assistance). Je prends avec moi 2 barres de pâte de fruit, 2 barres de pâte d’amande, 2 gourdes de crème de marron, et une gourde de compote de fruit. Sur le plan textile, je décide de partir avec un corsaire et un haut à manche longue + un coupe-vent léger en cas d’averses. Pour les chaussures, j’opte finalement pour les Summit V2 qui sont plus légères, avec des crampons plus marqués que les MT910. Et pour terminer, une grande première : J’emporte avec moi des bâtons !

J’ai mon plan de course en tête et sur mon tél. J’ai fractionné le parcours en fonction de chaque point de ravitaillement. Pour ce plan, je me suis basé sur les résultats de 2016 avec les coureurs ayant une cote ITRA entre 623 et 640 pour cette course.

Mon objectif premier est de vouloir faire un chrono de 9h45. Mais ne connaissant pas le terrain et encore moins la météo, je me prépare à l’éventualité de revoir mon objectif à la baisse mais en restant à moins de 10h.

Départ donné !
Je me lance sur les 10km de plat le long du lac. Cela permet de se mettre en route progressivement et de jauger les premières sensations. Je ressens un peu de lourdeur dans ma foulée et une légère fatigue car la nuit n’a pas été aussi bonne que j’espérais (il avait plu une bonne partie de la nuit et cela faisait caisse de résonance dans la voiture. J’avais oublié mes boules quies !!!). Bref, ce n’est pas la première fois que cela m’arrive, du coup je ne m’en soucie pas trop et je me laisse porter par l’ambiance et de la vue nocturne sur le lac. Je me laisse doubler gentiment en respectant mon allure cible à 5’15″/km environ.

Tout se passe très bien sur les 30 premiers kilos. Je m’arrête un instant pour immortaliser une jolie vue depuis la descente qui mène à Port de Chatillon. Le corps et l’esprit sont en phases : au poil !
Et pourtant… Arrivé sur le plat menant au ravitaillement de Port Chatillon, je ressens une douleur qui m’irrite au niveau des tendons du releveur du pied droit. J’ai tout de suite le sentiment que cela est dû au serrage des lacets de la chaussure (trop de croisillons) et j’attends d’être au point de ravitaillement pour modifier le type de laçage de façon à diminuer la pression sur les tendons. Cela me fait forcément perdre un peu de temps, mais fallait le faire pour ne pas risquer l’abandon. Au passage, les ravitos sont plutôt bien garnis pour une course à petit budget : Fruits secs, fromage, les fameux Tuc, chocolat, banane, légumineuses, soupe, et patates douces chaudes !

En repartant, je sens que je me suis refroidi quelque peu car j’ai les ischios qui tiraillent, ce qui m’empêche de reprendre mon allure cible. Heureusement, j’arrive à me caler sur 2 coureurs juste devant moi et me laisse emporter dans leurs foulées d’allure régulière. De plus, je me rends compte que mon cardio plafonne sous mon L (un début de dérive cardiaque ?…). J’arrive ainsi jusqu’à Chanaz avec juste 2min de retard au final sur mon temps prévisionnel. Donc je suis plutôt satisfait ! Car en plus, cela me fait arriver juste 10min avant le départ du 34km prévu à cet endroit. Je repars donc aussitôt en gardant mon lièvre précieusement en ligne de mire.

Et c’est au bout d’1km environ que l’on se rend compte que l’on est toujours sur la route et non plus sur le sentier comme prévu. D’ailleurs pas de balisage en vue également… Obligés de faire demi-tour. Arf ! Ça m’apprendra de rester focalisé sur mon lièvre qui lui-même s’était focalisé sur les 3 autres coureurs nous précédant. Et 2ème mauvaise surprise ! Je vois tous les coureurs du 34km déboulonner sur le sentier ! Du coup, effet entonnoir oblige, je prends mon mal en patience et finis par me rendre à l’évidence que l’objectif s’envole… Quand les espaces se font plus présents je tente de relancer un peu mais je ressens mes jambes molles avec cette sensation désagréable d’être freiné. Le cardio aussi montre des signes de dérive en avoisinant mon END. Puis c’est après 5km, depuis le dernier ravito, qu’une fatigue centrale intense apparait. Une envie de dormir comme jamais j’ai ressenti ! J’étais à deux doigts de vouloir abandonner car je ne me voyais pas me coucher par terre sur un sol humide. Mon esprit était prêt à me faire faire demi-tour pour retrouver la seule navette possible à Chanaz. En plus, j’avais à l’esprit qu’il fallait récupérer 2 covoitureurs à Chambéry, à qui j’avais donné rdv à 16h30 (cela me laissait 1h45 de marge par rapport à mon temps prévisionnel). Bref, soit j’assurais le coup en abandonnant, soit je continuais en me disant que cela allait finir par passer. C’est la première fois que l’idée d’abandonner sur une course me venait à l’esprit ! Mais comme je ne ressentais aucune douleur physique, je me suis dit que cela devait me servir d’expérience et qu’il fallait que je continue pour mieux comprendre comment mon corps allait réagir. Enfin une nouvelle expérience s’ouvrait à moi en recherchant à pousser un peu plus mes limites physiques ! Et c’est comme ça que je me suis remotivé pour repartir de plus belle ! Pendant tout ce temps, je remercie mes bâtons d’être avec moi car franchement sans eux j’aurai mis encore plus de temps à rejoindre l’arrivée. Durant cette période de calvaire, bien entendu, il s’est mis à pleuvoir quelques averses mais cela ne durait jamais plus de 10min. Je me laisse le luxe de fermer les yeux sur les petites portions de ligne droite pour arriver ainsi jusqu’à Ontex. Encore un ravito bien garni, et j’en profite pour m’y restaurer 5 bonnes minutes. Le soleil refait son apparition, ça réchauffe, et l’ambiance donnée par les bénévoles revigore également !
Je repars direction Col du Chat avec un peu plus de sensation au niveau des jambes mais le moteur reste plafonné à son seuil d’endurance. Je sais que je m’en vais droit vers la plus grosse difficulté du parcours qui est la montée vers le Relais de l’Aigle avec ses 5km et 850mD+. Mais je sais aussi que je pourrai le faire ! Depuis le début du parcours, j’ai constaté que les bâtons étaient un atout indéniable pour s’économiser en montée et aussi dans les descentes raides. Je m’approvisionne en conséquence car il va me falloir de l’énergie pour affronter cette grimpette ! J’entame la montée à rythme constant avec mes bâtons et s’opère une remontée de quelques concurrents qui pour certains semblent totalement épuisés au vu de leur posture totalement avachie. Je prends même le luxe de lancer quelques accélérations afin de pouvoir doubler dans les moments opportuns. Je rencontre un passage, avec main courante, encadré par 2 guides de montagne car le vide n’est pas très loin !… Mais la traversée reste aisée 😉 Quelques mètres plus haut, j’en profite pour observer la vue sur la vallée : Magnifique ! Et hop ! Une petite photo au passage. Par contre, arrivé sur la crête, et on se reçoit une pluie de grêle avec un vent à te glacer sur place. J’étais content d’avoir opté pour le corsaire et le haut à manche longue. Cependant les gants n’auraient pas été de trop car j’avais mes mains collées aux bâtons !

Au ravito, je ne traine pas trop, mais je prends le temps quand même de remercier les bénévoles pour leur bravoure et leur assistance toujours aussi chaleureuse. Et je me lance ainsi sur la longue descente de plus de 1200mD- des 9 derniers kilomètres. Attention ça glisse ! Et surtout sur les monotraces en épingles à cheveux ! Je me suis fait deux petites frayeurs avec un dérapage non contrôlé et un passage sur des lapiaz sans avoir aucune adhérence. Pas super à l’aise sur les longues descentes. Je me rends compte à quel point je manque cruellement de quadriceps pour encaisser ces charges, même avec les bâtons… (je me fais souvent cette remarque à chaque course !) Et pourtant ce n’est pas faute que de chercher à placer les épaules vers l’avant. Du coup, ni une ni deux je finis par ressentir une petite pointe douloureuse sur un genou mais heureusement je suis quasiment arrivé en bas. Je déboule sur une rue du Bourget-du-Lac et finis ma course en 10h20, donc pas si mal pour les quelques difficultés surmontées tout au long de ce formidable parcours.

Au final, c’est une course que je recommande vivement ! Petite organisation, certes, mais très efficace et super bien organisée ! Les bénévoles ont été formidables car les conditions climatiques étaient glaciales et humides par endroit. Quant à moi, je pense la refaire l’année prochaine pour prendre ma revanche avec en prime la connaissance du terrain ! Il faudra que je fasse plus attention à mes sensations de fatigues pré-course même si cela n’est jamais évident avec une vie de famille et les charges de travail professionnelles. De plus, il sera bon d’être plus assidu sur ma préparation physique en incluant plus de travail de pliométrie pour mieux encaisser les descentes et avec certainement un peu plus de travail technique spécifique.

PS : Je suis arrivé en temps et en heure pour récupérer mes 2 covoitureurs à Chambéry 😀

Xrun félicite Martin pour sa performance et lui souhaite d’aussi belles histoires à raconter pour la suite de ses objectifs !