Petit récit d’une course qui mine de rien n’était pas si facile.
Parfois il n’est pas nécessaire d’aller très loin ni très haut pour se faire plaisir et même sur de courtes distances comme le propose l’ESV (Etoile Sportive de Vauhallan) avec son Castor Fou (12 et 24km) pour sa 20ème édition.
Vauhallan petite commune de l’Essonne (moins de 3000 habitants) nichée entre Igny et Saclay organise chaque année 2 compétitions : Le Castor Fou en Juin et le Castor Garou en Décembre avec la particularité d’avoir un départ à 18h15.
On est dans l’ancien lit de la bièvre, en bas du plateau de Saclay et un petit cours d’eau, la rigole de Favreuse, serpente sur les crêtes de la communes à travers bois.
La rigole de Favreuse, ce n’est même pas un ruisseau, tout au plus un ru qu’on saute à pied joints en toute saison.
Vauhallan d’où qu’on se tourne est bordée de bois et de collines verdoyantes et de petits chemins que parfois je vais taquiner au hasard de mes sorties car Vauhallan est à peine à quelques km de chez moi. C’est aussi un peu pour ça que j’ai choisi de m’inscrire à ce petit trail de 24km et environ 700m de D+ annoncés. Le castor fou c’est la course locale que l’on fait parce qu’on connait le coin et que 24km ça n’est pas grand chose, tout au plus une sortie longue qui s’inscrit dans le programme peaufiné par le coach.
On se dit 24km, 2h30 et c’est bouclé. Départ à 18h15, à 21h on est rentré les pieds sous la table pour le dîner, à la limite personne ne se sera aperçu que je suis sorti. 🙂
Sauf que…
Je ne sais pas si vous avez remarqué mais depuis quelques jours, on ne peut pas dire que le temps soit au beau fixe. La rigole de Favreuse s’est même payée le luxe de sortir de son lit pour inonder Vauhallan. Bassin de rétention plein à ras bord et l’eau qui s’écoule comme elle peut coupant nombre de chemins sous bois.
Mais revenons à la course. La météo n’est vraiment pas bonne, mais pourtant on pourrait presque croire que le samedi va se passer sans pluie et que le terrain ne sera pas trop gras.
Pas de bol, à partir de 16h il commence à pleuvoir et ça tombe sans arrêt, plutôt dru. In peto (j’ai fait latin il y a longtemps) je me dis, et meeeeeeeeeerde…mais bon je suis là, on y va.
Coup de bol vers 18h la pluie cesse et un rayon de soleil fait même son apparition, au moins le départ se fera au sec.
Comme il ne fait pas froid, je prend le risque de partir équipé du minimun. Une casquette (pour la pluie qui nous épargnera finalement), une flasque d’eau de 500ml, une pâte de fruit (goût Mojito), un gel (caramel beurre salé) et un ziploc étanche pour y loger mon téléphone.. Avec 2 ravito prévus au 7e et 14e km ça ne pose aucun problème. Et d’ailleurs ce ne sont pas l’alimentation et hydratation qui ont posé problème. Si on peut parler de problème d’ailleurs, car malgré tout, autant le dire tout de suite j’ai pris énormément de plaisir à faire cette course.
Il y a du monde, plus que je ne le pensais. Environ 400 inscrits sur le 24km, un peu plus de 500 sur le 12km et un seul départ pour tout le monde. Pour la plupart ce sont des habitués, j’écoute les commentaires à droite et à gauche sur ce que je réserve la course cette année qui semble être beaucoup plus technique et moins facile qu’elle n’en à l’air. D’ailleurs le speaker annonce que compte tenu des conditions climatiques exceptionnelles, il y a eu quelques modifications et des surprises nous attendent.
18h15 le départ est donné, je suis plutôt dans le dernier tiers du peloton, je laisse les fous furieux du 12km partir devant.
On attaque très sec par une petite côte d’environ 15% sur 300m pour se retrouver en plein centre ville (dans la rue principale à passage alterné en réalité). ça permet au peloton de prendre ses aises et de s’étaler. Je fais attention à ne pas partir trop vite car j’ai l’impression que l’on prend la route en direction de la ferme de Viltain et ça risque de grimper pendant au moins 3 km. Et bien non, très vite on bouchonne, pour bifurquer à gauche et prendre un single à travers champs. Impossible de doubler sans prendre le risque de se faire piquer par les orties et je n’aime pas les orties. D’ailleurs je ne suis pas le seul car on est tous en file indienne et même si parfois on entend des « Aie.. Pu…n.. ça pique » il faut subir le rythme du coureur qui est devant.
Heureusement, pour cette fois, ça ne dure pas. très vite on sort de ce sentier pour recommencer à monter lentement mais sûrement sur le plateau de Saclay. C’est le moment où il aurait fallu faire l’effort de doubler, mais à peine 3km après le départ je n’avais pas envie de me griller et je suis resté sagement à ma place. Je l’ai payé par la suite en terme de placement mais pas sur le plan du plaisir à courir.
Je ne vais pas faire un compte-rendu km par par km, mais la principale caractéristique de cette course est qu’elle est faite essentiellement de single où il a été quasiment impossible de doubler.
Pratiquement arrivés en haut sur le plateau , on redescend vers Vauhallan pour faire un petit tour dans les rues pavillonnaires puis enfin arrive ce pourquoi on est venu : les chemins en forêt, le D+ et accessoirement la boue.
Comme j’ai l’ai indiqué plus tôt, la particularité de cette course c’est qu’elle est essentiellement faite de single. Il est déjà difficile de doubler en temps normal mais avec la boue c’était mission impossible. On a beau être en région parisienne, jamais je n’ai vu autant de boue sur les sentiers d’île de France. Très vite les chaussures ont pesé lourd, il a fallu faire monter les genoux, gérer ses appuis (quels appuis ?) dans les descentes. Pour tout vous dire j’ai adoré cette première partie de la course. Il y a bien eu quelques bouchons mais très vite le peloton était assez étalé pour que chacun puisse courir à son rythme. Je me suis étonné à prendre des risques dans les descentes, en engageant franchement le buste dans la descente et en ne cherchant pas à me freiner, c’était impossible avec la boue, les crampons n’arrivant pas à évacuer, et avec pratiquement 10cm de boue sous chaque pied l’adhérence n’y était pas.
Dans toutes ces descentes, je me suis amusé comme un fou, osant prendre des risques, ce que je ne fais jamais ou presque.
Pendant cette première moitié de course, les montées et descentes en sous bois se sont alternées avec 2 ou 3 passage à plat sur lesquels j’ai relancé à chaque fois.
Jamais je n’ai regardé mon chrono, j’ai tout juste surveillé un peu le cardio. Tout aux sensations qui étaient bonnes et surtout je prenais beaucoup de plaisir malgré les singles pas toujours simples à gérer.
Les fous furieux du 12km sont arrivés, la boucle nous ramène au point de départ. les 12km à gauche les 24km à droite. On se croirait à l’arrivée du marathon de Paris ou les bénévoles font le tri des dossards et des sans dossards.
La fatigue se fait un peu sentir, les montées de genoux ce n’est pas mon fort et avoir plusieurs kg de boue sous les pieds ça n’aide pas à la relaxation. Au moins me dis-je, je ne suis pas tombé et je suis assez satisfait  de moi. Je sais aussi que contrairement à ce que je pensais, même sans regarder mon chrono, je serais plutôt dans les 3h que les 2h30 au final.
La seconde partie débute par un petit km dans les rues de Vauhallan et ce qu’on entend dans la bouche des bénévoles n’est pas fait pour nous rassurer. En gros on nous dit que ce qu’on vient de faire ce n’est rien à côté de ce qui nous attend. Tout ça avec un petit sourire moqueur, voire ironique. En effet, très vite on entre dans une partie plus technique et plus dure.
Première côte de cette seconde moitié, un long, long, long, long single qui monte et on n’en voit pas la fin. étonnamment, c’est assez sec par rapport à ce que nous venons de traverser, mais très vite la configuration du terrain va changer. Moi qui pensais que la boue qu’on avait eu sur la première moitié ne serait pas pire sur la seconde moitié, je m’étais lourdement trompé. Jusque là, au pire, j’avais eu de la boue mi mollet dans certains passages. Là c’était tout simplement apocalypse now. Par chance, je suivais une coureuse et au détour d’un virage, la voilà qui disparaît dans une flaque et quand je dis disparaître je ne suis pas loin de la vérité. En gros elle s’est retrouvée avec de l’eau jusqu’à la taille pendant 4 ou 5 mètres, pour ma part j’en ai eu jusqu’aux « censuré ». Ni elle, ni moi ne sommes tombés mais ça nous a freiné sec…et on s’est retrouvé bien mouillés, merci au ziploc pour avoir maintenu au sec mon téléphone. Ha ha… C’était donc ça la surprise de l’organisateur, et bien non. La surprise c’est qu’on a enchaîné plusieurs fois des traversées d’eau dans le même genre avec plus ou moins de hauteur, heureusement l’eau n’était pas froide. Quand ce n’était pas les flaques d’eau c’était la boue, omniprésente maintenant sur le parcours et de plus en plus profonde au fur et à mesure que les coureurs passaient. Pas moyen d’éviter ou de prendre un chemin de traverse, le plus simple était d’y aller franchement tout droit vaille que vaille.
Il fallait juste avoir confiance dans son laçage de chaussures. Physiquement du 13e au 19e km c’était épuisant, mais aussi très amusant. J’ai râlé bien sûr, mais je me suis vraiment éclaté et au risque de me répéter, je ne suis jamais tombé malgré le terrain glissant, j’étais en confiance et c’est dans ces moments là qu’on se rend compte de tout ce qu’apporte l’entraînement avec Xrun.
Je dois avouer que sur la fin, j’étais bien cuit, mes chaussures pesaient des tonnes et pendant 1 km ou 2 j’ai alterné course et marche pour me refaire une santé en arrivant tout de même à doubler quelques concurrents que je pensais loin devant. En fait je me suis rendu compte que j’arrivais à mieux relancer qu’eux et que petit à petit je gagnais du terrain, j’ai serré les dents et dans les dernières descentes je me suis lâché et j’ai fait pêté le cardio (174 au compteur, +6 par rapport à ma FC max).
Au final 3h05 280e/360 ce dont je me satisfait pleinement compte tenu de mon niveau et de la difficulté de cette course.
Surtout ce que je retiens de cette course, c’est le plaisir et franchement je pense que le Castor Garou au mois de décembre est à faire.
Même parcours, mais au mois de décembre (si ça trouve il fera beau) et à la frontale, ça doit juste être un pied terrible. Comme la ByNight à Mondeville.
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