Lorsque j’avais fait mon programme de courses 2015, il y avait un trou en fin d’année. Adrien, mon coach Xrun, m’avait dit qu’il serait bien de trouver une épreuve plutôt roulante avec 40 à 45 km pour 6 à 8 heures d’effort. La Saintexpress, avec ses 44km/1000D+/1500D- remplissait parfaitement les critères. C’est ainsi que cette course, petite sœur de la célèbre Saintélyon, est devenue la dernière de 2015. Et il s’agit d’un petit défi et d’une étape symbolique dans ma progression puisque pour la première fois je m’attaque à la barre des 42km qui, même si elle est moins importante en trail que sur route, fait rêver tant de coureurs.

Mais au-delà de la distance, 10km plus longue que ce que j’ai pu faire, ma principale préoccupation est mon état de forme. Tout d’abord, j’ai cruellement manqué de sommeil pendant plusieurs semaines. J’ai heureusement pu prendre un week-end de quatre jours une semaine avant la course pour en récupérer une bonne partie. Cette fatigue n’est certainement pas étrangère à ma périostite (aux deux jambes, sinon c’est pas drôle) qui a fortement perturbé mon entraînement puisque certaines semaines je ne faisais que trois footing de 30 minutes par semaine. J’ai essayé de compenser ce faible volume par un travail sérieux de renforcement musculaire, en particulier au niveau des jambes.

Dans un tel contexte, je me dis qu’il ne faut pas viser trop haut et qu’un temps de 6h30 serait très bien. D’après le profil de la course, je prévois les temps de passage suivants : 2h à Saint-Genou, 3h30 à Soucieux, 5h à Chaponost et enfin 6h30 à Lyon. Cette planification est complétée par ma stratégie d’alimentation habituelle : une barre ou une pâte de fruit au bout de 45min puis une toute les heures. Côté hydratation, je prévois de partir comme souvent avec 2L de boisson d’effort et de boire trois à quatre gorgées toutes les 10 minutes. Nouveauté de taille toutefois : pour la première fois j’emmène des sachets de poudre Isostar pour les ravitaillements. J’en ai prévu un par ravito.

L’avant-course

Arrive enfin le jour J. Je vais à la halle Tony Garnier vers midi pour récupérer mon dossard. La file d’attente pour entrer dans la halle est un peu décourageante au premier abord mais ça avance assez vite et une fois à l’intérieur je récupère rapidement mon dossard et les goodies qui l’accompagnent. Tout est très fluide, on sent que l’organisation est rôdée.

Direction ensuite la place Carnot pour manger dans une brasserie puis retour à l’hôtel pour une petite sieste avant de préparer mon sac. Il est alors temps de trancher une question cruciale : la tenue. Je ne suis pas du genre frileux et la météo annoncée est douce pour la saison mais je me dis qu’à Sainte-Catherine et au point culminant du parcours il risque de faire froid. J’opte finalement pour un combo t-shirt/gants/coupe-vent et je prends une première couche technique récemment achetée en vêtement de rechange (encore une nouveauté). Tout est prêt, je suis serein. Les ennuis peuvent commencer.

Et des ennuis, il y en aura quelques-uns jusqu’au départ ! Tout d’abord, le trajet en voiture jusqu’à la Halle Tony Garnier est catastrophique puisqu’il coïncide avec la fin du dernier match de Ligue 1 de l’OL au stade Gerland. Les rues sont donc saturées et les voitures quasiment à l’arrêt. Pour info, l’OL a perdu, ça leur apprendra 😉 J’arrive malgré tout à l’heure à la halle Tony Garnier qui est remplie de coureurs attendant leur transfert vers le point de départ. A 20h45, je me dirige vers la zone de départ. Il y a déjà beaucoup de monde mais je me dis qu’avec une organisation si bien rôdée, les navettes vont défiler les unes après les autres et emmener tout ce petit monde rapidement. Mais non ! Très peu de cars passent devant nous et tous sont pleins ! Après plus de 45 minutes d’attente je décide de remonter le long de la halle pour augmenter mes chances d’avoir un car. Je constate alors que tous les cars sont stationnés bien en amont de la halle, ce qui explique pourquoi ils étaient tous pleins en arrivant à ma hauteur ! Je trouve immédiatement une place. Direction Saint-Catherine.

Sainte-Catherine/Saint-Genoux, 12km

A la sortie du car, je suis saisi par le froid. J’ai bien du mal à croire qu’il fasse 7°C comme annoncé. Mes dents claquent et mes interrogations sur ma tenue refont surface. Je décide d’éclipser tout ça en allant m’échauffer un peu puis, en guise de dîner, je vais grignoter quelques biscuits et pâtes de fruit dans l’une des tentes, que je quitterai parmi les derniers.

Sur la ligne de départ, un hommage est rendu aux victimes des attentats en allumant toutes les frontales et en applaudissant pendant une minute. Le départ est ensuite donné. D’après l’annonce du speaker, je franchis la ligne de départ aux alentours de la 2300ème place. Le début d’une folle remontée.

Dès que nous quittons Sainte-Catherine les bouchons commencent. Cela aurait pu m’énerver mais je reste positif, me disant que les forces économisées dans les bouchons du début me serviront pour la fin. J’en profite pour lever la tête et admirer le ruban de frontales qui serpente dans la montagne. Avec les étoiles qui brillent dans le ciel dégagé, le spectacle vaut vraiment le détour.

L’ambiance est également au rendez-vous avec quelques groupes de coureurs qui chantent, un qui joue de la corne de brume (enfin qui souffle dedans comme un bourrin) et des spectateurs sur le bord de la route dans les villages mais aussi à des endroits complètement paumés. Au milieu de ce joyeux bazar, je double comme je peux, pour ne pas m’endormir et maintenir une FC correcte. J’ai prévu de rester à 80% de ma FCmax, éventuellement un peu en-dessous mais surtout pas au-dessus.

Arrive la première descente un peu technique avec beaucoup de pierres et un peu de boue (et de l’urine d’animaux au début en bonus). Une coureuse s’écroule devant moi, trahie par sa cheville. Nous sommes plusieurs à lui demander si ça va quand elle annonce à son binôme, en larmes et la main sur la cheville, qu’elle ne peut pas continuer. L’aventure a dû s’arrêter là pour elle. Je repars en redoublant de vigilance afin de ne pas connaître le même sort.

Je franchis le point culminant du parcours, à 8km, au bout d’environ 1h10, largement avant ma prévision. Je me sens bien et me dit qu’il se passe peut-être un truc mais je ne réfléchis pas trop et entame la descente.

J’arrive au premier ravitaillement en 1h39. Un verre de Pepsi, un verre d’eau pétillante, un peu de sucré et de salé. Ma poche à eau est suffisamment remplie pour tenir les 11km qui me séparent du prochain ravito donc pas besoin de perdre du temps à utiliser un sachet de poudre.

Saint-Genoux/Soucieu-en-Jarrest, 11km

Le deuxième tronçon de la course se passe particulièrement bien. Le peloton est désormais bien étiré ce qui permet d’avancer à son rythme la plupart du temps.

Au bout d’1h15, j’arrive au ravitaillement de Soucieu-en-Jarrest. Je suis alors 1400ème et j’ai encore grappillé 15 minutes sur mon estimation ! Tout se passe tellement bien que c’en est presque bizarre ! Je commence par changer de tenue pour troquer mon ensemble t-shirt/coupe-vent contre une simple première couche technique à manches longues. Quel plaisir d’enfiler un vêtement sec !

Avant de repartir, passage aux robinets pour remplir la poche à eau. Le jet est ridicule et il me faut un temps fou pour récupérer 1L. Dès que c’est fait, je pose ma poche contre ma jambe le temps d’ouvrir mon petit sac de poudre et là, c’est le drame : je renverse la poche à eau ! Deux solutions s’offrent à moi : remettre de l’eau pour faire un mélange correctement dosé et perdre du temps ou partir sans ajouter de poudre. N’ayant pas perdu tant d’eau que ça, j’opte pour la seconde possibilité.

Soucieu-en-Jarrest/Chaponost, 11km

Beaucoup de coureurs commencent à caler dans ce troisième tronçon, certains marchant même sur le plat. De mon côté, les signaux sont au vert et, pour la première fois, j’ai l’étrange sensation que ça durer jusqu’au bout. Je m’autorise donc à alterner marche et petites foulées dans les côtes, en comptant 20 de chaque

Dans les kilomètres qui précèdent le ravitaillement de Chaponost, je forme spontanément un binôme avec coureur qui avance à la même vitesse que moi. La différence est qu’il semble davantage souffrir dans les côtes et je le distance légèrement peu avant le ravito, que j’atteins au bout de 4h13 de course, en 1072ème position ! Pas besoin de recharger en eau donc je ne m’éternise pas, cap sur Lyon et les 5h45 !

Chaponost/Lyon, 10km

Là quand même, le redémarrage est un peu plus dur et je sens qu’il ne pas falloir trop céder à l’euphorie pour bien gérer et aller au bout dans de bonnes conditions. D’ailleurs, dans une côte un peu raide, un petit début de crampe se manifeste dans l’adducteur droit, m’empêchant d’attaquer en trottinant. Je gère en marchant un peu puis j’arrive à reprendre mon alternance marche/trot.

Peu avant la terrible côte de l’aqueduc à Sainte-Foy-lès-Lyon, je rattrape mon binôme. Il attaque la côte plus fort que moi, qui suit obligé de marcher un peu, puis les rôles s’inversent lorsque je recommence à trottiner. Les premiers du relais à quatre ne tardent à me dépasser. Il n’est évidemment pas question de les suivre mais j’essaie malgré tout d’augmenter l’allure. A partir de là, tout s’accélère, je ne vois plus défiler les kilomètres.

Un petit mot d’encouragement à ceux qui n’arrivent pas à descendre les escaliers, ambiance coupe-gorge sous le pont en bord de Saône, franchissement de la Saône, puis du Rhône, l’arrivée est à moins d’un kilomètre. Les jambes sont franchement lourdes et douloureuses, mes tendons en haut des cuisses sont en feu mais la joie l’emporte et je fais bonne figure sur les photos. Je franchis finalement la ligne d’arrivée en 5h33, prévision explosée ! Et 841ème ! Quand je vous disais que ma remontée était complètement folle !

Juste après la ligne d'arrivée à la Halle Tony Garnier!

Juste après la ligne d’arrivée à la Halle Tony Garnier!

L’arrivée

J’ai alors besoin de quelques minutes pour reprendre mes esprits et revenir à un état « normal ». La zone réservée aux coureurs est bien appréciable pour ça. Je ne devais toutefois pas avoir suffisamment récupéré car je la quitte sans mon t-shirt finisher, ce qui me vaudra une négociation avec un vigile un peu trop zélé dont je me serais bien passée (et merci au passage à l’organisatrice qui est passée à côté de moi à ce moment-là sans chercher à savoir quel était le problème).

Une fois la précieuse récompense acquise, place à un repas bien mérité mais sans bière car cela ne me tentait pas du tout. D’ailleurs, la boisson proposée était-elle bien de la bière ? Etait-elle alcoolisée ? Le mystère demeure…

L’heure des bilans

Même si de nombreux points sont à améliorer (notamment l’estimation des quantités d’eau, de poudre et d’alimentation), le bilan de cette course est totalement positif puisque malgré une préparation très compliquée, je suis allé au bout, avec un bon chrono et sans prendre de risques dans ma gestion de course. Bref, merci Adrien, merci Philippe et merci Martin, dont les soins m’ont permis d’être prêt pour la course ! Ah, un petit bémol toutefois : je n’ai pas respecté l’objectif fixé par Adrien qui était de faire un effort entre six et huit heure 😉

C’est également l’occasion de faire le bilan de l’année 2015, qui est lui aussi positif puisqu’en janvier je terminais le 30km du Maxicross de Bouffémont dans les 20 derniers en 4h40 après avoir été à la limite des crampes pendant la moitié de la course ! Depuis, malgré les nombreux petits bobos (contracture au mollet, douleurs aux tendons, périostites) j’ai réussi à prendre le départ de toutes mes courses et à les terminer dans de bonnes conditions. Cela aurait été impossible sans l’encadrement d’Xrun donc encore merci à tous !

Il est désormais temps de mettre le cap vers 2016… et au-delà !