La Diagonale des Fous – Edition 2016

Au bout de l’effort … C’est le nom du reportage sur la Diagonale des Fous qui a été diffusé il y a un peu plus de 18 mois sur Canal. Fin du reportage et me voici sur le site internet de la course à la recherche des modalités d’inscriptions !! La course porte bien son nom. C’est un défi complètement fou ! Je ne découvre pas seulement le trail mais tout simplement la course à pied !

Jeudi 20 octobre 2016 – Saint Pierre – Ile de la Réunion – 20h

18 mois se sont écoulés et me voici dans le sas du départ de la 24ème édition de la Diagonale des fous !! 18 mois complètement fou !! Des voyages, des rencontres, mes premières courses, des échecs, des blessures mais avec un seul objectif en tête > le Grand Raid ! Pour réussir ce pari, j’ai notamment rejoins Xrun que j’ai découvert pendant les reconnaissances de l’Ecotrail (50 kms ; ma première course ! ce qui pourrait être une sortie longue maintenant !!). Coaching personnalisé, entraîneur top niveau mais très accessible et pas avare en conseils, kiné à l’écoute. Autant d’argument pour faire un essai … qui finalement dure toujours et avec en prime un groupe au top ! Quel plaisir de partager les expériences des uns et des autres et quel plaisir de se retrouver tous les samedis matin pour partager la séance et profiter du fameux « effet » groupe. On se challenge bien sur mais avec toujours l’envie de progresser et de se surpasser.

Revenons à ce jeudi 20 octobre. Il est 20h et je viens de laisser ma femme à l’entrée du sas. Le départ est prévu à 22h comme tous les ans. Je suis détendu, je m’allonge sur le sol et profite des derniers instants pour me reposer et me laisser bercer par le concert de départ. Je suis détendu car je me sens et je suis prêt. J’ai suivi à la lettre mon programme d’entrainement concocté par mon coach Fred (encore merci coach) avec au compteur 4 500kms et quelques 75 000D+. Je suis également serein car j’ai un plan de bataille un peu près en tête grâce à notamment à Matthieu et Eric (2 finishers du Grand Raid). Et oui c’est ça aussi Xrun, des échanges d’expériences et des conseils.

14702421_332621570433786_6041624230601275206_n21h45, les 2 600 participants se lèvent d’un seul homme et nous partons nous aligner sur la ligne de départ. La musique de départ est lancée, le speaker se charge de faire monter la pression. L’émotion est énorme, je réalise que je vais prendre le départ d’une course hors norme !! 167 kms,  9 700 D+, température variable entre 5 et 30 degrés, altitude comprise entre 0m et 2 500m et bien sur les sentiers de la Réunions !! Moment inoubliable ! Petit clin d’œil à Karine qui se retrouve par le pur hasard juste devant moi !

22h00 : Le départ est lancé, les élites sont déjà loin devant et François d’Haene est parti pour remporter sa 3ème diagonale des fous malgré le plateau très relevé cette année. Le départ est magique, feux d’artifice, 20 000 personnes, ambiance Tour de France sur les 5 premiers kilomètres avant de rejoindre les premières ravines et débuter la première et longue ascension (30 km) pour nous amener sur les pentes du Piton de la Fournaise et plus spécifiquement au Piton Textor. Passage à 5h00 du matin, pile poil dans mes temps de passage. Il fait 5°C donc ne traînons pas trop !

Direction ensuite Cilaos en passant par le coteau de Kerveguen (700D+ annoncé ; je demande à vérifier tout de même !!). La descente est sèche 750D- sur 2km. La pluie a fait son apparition et a rendu la descente encore plus dangereuse. Au 1/3 de la descente, petit ralentissement (étrange compte tenu du niveau homogène à ce moment de la course) mais nous comprenons rapidement que la réputation de cette descente n’est pas usurpée. Grosse chute d’un concurrent qui est inconscient. D’autres concurrents échangent avec les secours. Continuons notre chemin mais les images étaient assez spectaculaires et le reste de la descente se fera au trot en file indienne et dans un silence de cathédrale.

10h40 – Cilaos – 68 kms – 3 500D+

Je suis à la minute près dans mes temps de passage ! Je suis bien mais mes pieds un peu moins. Malgré la NOK, les dégâts arrivent plus tôt et surtout plus grave que prévu. 30 min de soins avec les podologues et je rejoins pour la première fois ma femme. Je me change et je me dirige vers la tente pour dormir sur les conseils de mes amis Xrunners. Sauf que chacun est différent et plus encore sur un ultra trail. Résultat, je n’arrive pas à dormir et je vais perdre à nouveau 30 min. Les 30 minutes de soins ont été en réalité suffisantes pour récupérer. Cette « erreur » je vais la payer très chère et cash pour 2 raisons :

– 1. Je repars vers 12h45 de Cilaos en direction du Taibit sauf que la température est passée de 15°C à mon arrivée à plus de 30°c. Le Taibit c’est 1200D+ sur 6kms. Je monte en compagnie de quelques coureurs sur un bon rythme mais la température continue de monter et nous sommes en plein soleil. 1ère escale après 400D+ le concurrent devant moi s’écroule, j’ai besoin de m’asseoir 15 min pour retrouver mes esprits. Une trentaine de coureurs sont allongés sur la route et les abandons s’enchaînent. La fin de la montée sera difficile.

– 2. Je suis persuadé de retrouver les conditions de sommeil identique à Cilaos à chaque poste de ravitaillement. Tente à l’écart et lit de camp… je vais rapidement comprendre que c’est exceptionnel et que nous devons dormir à même le sol et ou nous pouvons !

16h42 – Marla – km80 – 4800D+

J’ai retrouvé un peu de jus et applique les consignes de David depuis le départ. Courir systématiquement sur le plat et en descente. Je commence à remonter dans le classement (je pointe à la 829ème place à cet instant, bien décevant et bien loin de refléter ma préparation mais je relativise car cela reste mon premier ultra alors pas de stress) et garde toujours en tête mes temps de passage pour rester mobiliser.

22h56 – Grand Place – km 103 – 5 950 D+

Comme chacun sait le plus dur en trail n’est pas le D+ mais le D-. Grand Place termine une descente interminable de 13km et plus de 1500D-. Les nombreux pansements pour contenir les ampoules ont tous explosé. J’ai les pieds en feu en arrivant au poste précédent celui de Grand Place. Pas d’infirmier c’est le coup dur et ce sera le moment le plus délicat de la course !  Un rapide coup de fil  à ma femme pour exprimer ma frustration, lui dire que c’est un scandale et évacuer mon énervement envers le pauvre bénévole qui a eu la maladresse de me répondre que je n’étais pas le seul à réclamer des infirmiers après cette descente (sans blague !!!). Il m’indique qu’il y a des infirmiers au prochain poste cf. Grand Place qui est à 1h40 … en descente !! Je ne mettrais finalement que 50 min. Je tombe sur 3 infirmières de choc qui vont prendre 40 minutes pour me soigner et me panser doigts de pieds par doigts de pieds (le résultat était magnifique !!). Avant cette pause, j’avais pris le temps de bien manger (soupe et pâtes). Le moment difficile est passé. Il est temps de se lancer à l’assaut du Maido > 1700D+ sur 12kms (qui malheureusement sonnera le glas de bon nombre de coureurs épuisés et tombants littéralement de fatigue).

03h22 – Roche Plate – km 110 – 6600D+

C’est la première partie de la montée au Maido et la pire ! Il faut savoir qu’à la réunion quand le profil de course annonce une montée, en réalité il s’agit d’une « fausse » montée suivi d’une « vrai » descente pour partir d’encore plus bas (ce serait trop facile) et ensuite démarrer la vraie montée ! La bonne surprise à mon arrivée à Roche Plate est la tente située à l’extérieure du camp, au calme et avec un lit !!! Je vais pouvoir dormir 40 min enfin ! Je repars à 4h10 (pense bête > prévoir une tenue de rechange supplémentaire pour éviter de remettre ces affaires trempées de sueur refroidies par la nuit glacial !!).

6h44 – Maido – km115 – 7600D+

Lever du soleil sur le cirque de Mafate à mon arrivée au sommet du Maido. Il n’y a pas de mot pour décrire ce fabuleux spectacle. Cette île est d’une incroyable richesse, ses habitants d’une gentillesse  absolue, les bénévoles font preuve d’un soutien sans faille et chaque personne (de la petite dernière de la famille à la grand mère) sur les bords de la course encourage les « fous ». C’est aussi ça et surtout ça le Grand Raid et honnêtement je ne pense pas qu’une seule autre course dans le monde puisse offrir toutes ces choses réunies. C’est la 2ème fois que je vais à la réunion (Trail de la Mascareigne dit « la petite » en référence au grand raid pour prendre la température l’année dernière) et c’est la première fois que j’ai le sentiment de rentrer à la maison lorsque je retourne dans un pays. Mais revenons à la course. Je suis à cet instant 733ème. J’ai eu une petite fringale en oubliant de prendre un peu sucre mais je suis plutôt en forme. Il est donc temps de se bouger un peu et de remonter. Surtout que je vais retrouver ma femme pour la 2ème fois au poste de Sans souci et que je sais qu’il y a également des podologues (je suis maintenant rodé et bien informé). Je descends pleine balle pour remonter un peu près 80 places et arriver à Sans Souci à 9h08. Nouvelle et dernière pause forcée chez le podologue (à nouveau plus de 30 min > au moins j’ai servi de cas pratique !!). Je me change, je décharge tout le surplus (veste, pantalon, 2ème frontale,.. à ma femme) et file en direction de la Possession. Nouvel objectif moins de 45h.

13h59 – Possession – km 146 – 8500D+

Il fait chaud, très chaud, très très chaud !! Je me souvenais (la fin du parcours est identique à la Mascareigne) m’être détruis les pieds dans une longue descente pourtant pas difficile (peu de pente) mais accidenté au possible. Eh bien c’était la ! Et le résultat est le même avec 100kms et une dizaine d’ampoule supplémentaires. Quelle horreur cette portion ! Je suis obligé de marcher. Je continue à remonter malgré tout alors je prends mon mal en patience. Place maintenant au chemin des anglais ! Une institution au même titre que la Dodo (la bière locale). La chaleur est écrasante. 7km à parcourir. 7km en enfer mais le rythme est bon et je continue de grappiller quelques places.

15h51 – Grande Chaloupe – km153 – 8900D+

Je suis bien et garde mon objectif en tête de 45h. Rapide ravito, croissant saucisson banane (dans cet ordre ; c’est le secret de la recette), le tout avec une gorgée de Cilaos (le perrier local) et c’est reparti pour la dernière ascension vers le Colorado. 10kms et un peu plus de 1 100D+ mais j’ai les jambes et c’est parti. L’ascension sera une formalité. Bouclée en 2h et hop 40 places de reprises. Je passe en coup de vent au ravito le temps de choper 3/4 saucissons au passage (pour la route !) et c’est parti pour la dernière descente. 650D- sur 4,5kms pour terminer le travail. Je descends comme une brute galvanisé par mon objectif des 45h et la presque certitude de finir (beaucoup de blessures dans cette descente très dangereuse). Je vais mettre seulement 47min pour descendre et franchir la ligne d’arrivée en 44h43 ! Je suis officiellement un fou !!!

14717100_332621740433769_7767947497668819448_nJ’ai vécu une aventure incroyable et je me suis offert un beau cadeau pour mes 30 ans. En guise de conclusion, je vais reprendre les mots d’encouragements de Martin me disant que c’était « ma » course. Je ne peux l’expliquer mais j’ai vraiment eu cette sensation.

Que retenir au final ? Le bilan est plutôt satisfaisant (finisher de mon premier ultra et qui plus est la diag et en réussissant à sauver les meubles pour terminer en moins de 45h) malgré un début de saison un peu compliqué par les blessures et finalement « que » 18 mois de CAP. Il reste tout de même une pointe d’amertume. Mon objectif était clairement d’être sous les 40h. Je pense réellement que j’avais l’entrainement pour atteindre cet objectif sans cette faute stratégique en témoigne ma fin de course et ma récupération très rapide. Rien ne remplace l’expérience ! J’ai maintenant 30 ans ; l’âge de la sagesse … ou pas ?
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