GRAND TRAIL DES TEMPLIERS – 76,6 KM / 3550M+ – MILLAU – 23 OCTOBRE 2016

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Un an et quelques jours plus tard, je me retrouve à nouveau à Millau. Cette fois, ce ne sera pas pour les 100 kms sur route mais pour une course toute autant mythique : le Grand Trail des Templiers (76,6 KM / 3550 D+). Après les 56 kms du Trail du Morbihan en juin dernier (dont vous trouverez ICI mon récit), je n’arrivais pas à trouver d’objectif. C’est le 2 aout, en quelques minutes que tout va basculer. Marc LOZANO, entraîneur Xrun, (retrouvez ICI son récit du Marathon de Berlin 2016 effectué en 2h27), propose sur WhatsApp un dossard pour les Templiers offert par Running Heroes. J’avais souvent pensé faire cette course mais la distance et le dénivelé m’avaient jusqu’alors freiné, mon expérience étant plutôt des trails d’une cinquantaine de kilomètres relativement plats). Mais bon, l’occasion faisant le larron, je saute sur l’occasion. Vu que la course tombe au moment des vacances scolaires de la Toussaint, on en profitera pour passer quelques jours en famille découvrir la superbe région de l’Aveyron et le parc régional des Grands Causses

La première mission est de trouver un endroit où loger car avec ses 15 courses organisées sur 3 jours, toutes les chambres sont complètes et bien souvent réservées 1 an à l’avance. Finalement, nous trouvons un Chambre d’hôtes à la Villa La Muse à Mostuejouls, située à 30’ de Millau.

La 2ème est de reprendre l’entraînement car il ne me reste que 12 semaines. Bon, je n’étais pas non plus resté inactif depuis le trail du Morbihan avec un peu plus de 200 kms effectués en Juillet…mais pratiquement que sur du plat. Un message envoyé à mon entraineur Xrun Frédéric LEJEUNE, et hop, me voilà avec un premier plan sur 1 mois. Comme d’habitude, la préparation se sera très bien passée et sans la moindre blessure, pour un total de 70 séances, 840 km et 13500M+. En moyenne, mes séances ont donc été faites à 10,7 km/heure et 80% de ma FCM. Pour répondre aux nombreux coureurs qui se demandent quelle est la sortie la plus longue qu’il faut faire pour préparer une course longue (que ce soit un trail ou un marathon), la mienne aura été de 3h00 et 33 kms. A cela, j’ai ajouté 2/3 séances de gainage par semaine ainsi que des exercices de chaise pour me faire le « cuissot ». Après une semaine d’affûtage mais pas inactive (4 séances et 30 kms), de très bonnes et longues nuits de sommeil et un régime dissocié commencé dès le dimanche après ma sortie longue dans les très nombreux escaliers de Lyon, me voilà à Millau pour retirer mon dossard. Cela a failli être bien différent quand j’ai fait un salto arrière bien involontaire (oui, oui, ça m’arrive de le faire volontairement !) dans le bloc-douche-hyper-glissant de notre hôtel à Lyon. Résultat : 3 orteils coupés en glissant sur la bonde tueuse (type 007) de la douche. Plus de peur que de mal.

Nous serons 6 Xrunners inscrits sur 4 courses : Jean-Guillaume (plus connu sous son pseudo de blogger Endomorfun) sur l’Endurance Trail (100 km 4910M+), Fanny sur le Marathon Trail du Larzac (36KM / 1540M+) (retrouvez ICI son récit de course), Bertrand sur le Marathon des Causses (37KM / 1630M+) et Frédéric, Martin et moi sur le Grand Trail (76,6KM / 3550M+).

Le départ est donné à 6h00 le dimanche matin. Finalement, la météo s’annonce bonne : pas de pluie et 13°C. C’est parfait ! Je trouve un trailer pour m’amener en voiture de la maison d’hôtes vers Millau. Avec le flot de 2500 coureurs qui se dirigent tous vers la ligne d’arrivée, j’entre dans mon sas à peine 5’ avant le départ, juste le temps de retrouver Frédéric et Martin*

* je laisse Martin vous expliquer lui-même dans son CR pourquoi il était arrivé si tôt dans son sas J

les-templiers-3C’est parti ! Alors que nous sommes dans au milieu du sas #1, juste derrière les très nombreux élites, on se fait doubler par des dizaines et des dizaines de coureurs. Comme d’habitude, ils partent trop vite…on les retrouvera dans quelques kilomètres. De mon côté, je pars très prudemment, en suivant à la lettre les consignes données par mon entraîneur Xrun « Il me semblerait effectivement opportun de partir sur 135 au moins jusqu’à Peyrelau, tout en se laissant de la marge sur la première montée au cours de laquelle tu peux aller ponctuellement jusqu’à 140 selon la pente. Ensuite la deuxième montée devra être abordée dans le même principe (en dessous de 140). Jusqu’à la Roque idem mais d’après mes souvenirs il y a des tronçons intéressants où on peut se lâcher un peu donc je partirais sur l’idée d’alterner des temps forts à 140 (sur les parties non techniques) et des périodes plus tranquilles à 135. Ainsi tu pourras tester tes sensations et adapter en fonctions de celles-ci. Après la Roque, il faudra accepter que certains passages s’effectuent parfois dans le dur, auquel cas des montées à 145-150 sont possibles jusqu’à Massebiau. Dans tous les cas essaie de limiter le 150 à 3-4 minutes maxi. Je pense que c’est à ce moment que le côté « énergétique » va être important. Enfin pour la montée du Cade, partir sur 150 maxi en bas et ne plus calculer après 20 minutes d’ascension car c’est la dernière grosse difficulté. Garde quand même un peu de réserve pour la dernière descente qui est difficile (donc ne néglige pas le dernier ravito au Cade). »

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Je prends le départ avec l’objectif à la fois de découvrir la distance et le dénivelé de ce type d’épreuve et de profiter du décor. En termes de chrono, Frédéric et Christophe me prédisent un temps de 10 heures pour courir les 76 kms soit une place dans les 200 premiers sur les 2500 participants. Il serait faux de dire que je ne me mets pas une petite pression mais en pensant aux paysages que je vais découvrir, celle-ci retombe immédiatement. Il va falloir que je pense à utiliser cette technique mentale lors de mes prochaines courses.

J’ai bien fait de partir « léger » avec un tshirt manche courte, des manchons et 2 buffs car malgré la période et l’heure, il fait déjà chaud. J’ai aussi opté pour mes dernières New Balance MT 910 que je trouve plus légères, plus souples et avec plus d’accroches que mes anciennes NB 1210 Leadville.les-templiers-34_1 Après 2 km de plat, c’est parti pour près de 4 kms de grimpette à 15% en moyenne sur une route de terre assez large sur laquelle nous marchons d’un bon pas. Habitués aux trails plats, c’est une première pour moi de marcher autant mais c’est la condition sinequanone pour rallier l’arrivée. Malgré la nuit, avec le nombre de coureurs autour de moi, pas besoin d’allumer ma frontale. Les 11 kilomètres suivants se feront sur un terrain plat avant d’entamer la première grosse descente, majoritairement en single track, vers le très beau village de Peyreleau. Entre les 2, je perds la compagnie de Martin qui est parti devant et Frédérick que je n’entends plus derrière moi. Ma fréquence cardiaque reste maintenue autour de 130 puls (73% FCM) avec des montées exceptionnelles et très courtes à 150 puls (85%).

les-templiers-4L’arrivée dans le village se fait sous les encouragements du nombreux public qui raisonnent dans les superbes petites ruelles étroites. C’est ici que se trouve le premier ravitaillement où, comme d’habitude je ne m’éternise pas. Le système est maintenant bien éprouvé : j’ai remplacé la traditionnelle poche à eau par 2 bouteilles d’eau en plastique équipes d’un bouchon « sport ». Je peux ainsi permuter à loisir entre l’eau pure et la boisson énergétique. C’est aussi beaucoup plus rapide car avant d’arriver au ravitaillement, j’introduis la pastille de boisson comprimée Isostar. Sur place, je n’ai plus qu’à remplir les bouteilles d’eau…et repartir. Voilà 2,3 voire 5 minutes de gagnées et certainement plusieurs dizaines de places. Cela évite aussi d’être tenté de manger n’importe quoi et risquer des problèmes gastriques par la suite.

C’est maintenant parti pour les prochaines difficultés avec la monté de 2,8km et 457M+ vers Saint André de Vézines puis après une belle descente à nouveau en single track vers La Roque Sainte Marguerite, c’est la remonté vers Pierrefiche avec ses 2,3 km et 400M+ de montée (17% !). Ma fréquence cardiaque monte jusqu’à 145 puls en moyenne mais reste dans les maximums demandés par Frédéric. Alors que je le croyais devant moi, je retrouve la compagnie de Martin quelques kilomètres avant Pierrefiche qui a dû s’arrêter plusieurs fois pour satisfaire un besoin naturel. Nous ne resterons pas longtemps ensemble car Martin fait une pause au ravitaillement quand je décide de continuer sans m’arrêter.

Les 18 kms et ses 770M+ entre Pierrefiche et Massebiau me prendront près de 2h30. Une bonne partie se fait en marchant sur des single tracks, bloqué derrière d’autres coureurs. Là je me dis, « c’est quand qu’on court ? ». Je m’aperçois que malgré le fait que je n’utilise pas de bâtons et que je ne suis pas habitué au dénivelé, je grimpe plutôt pas mal. Mes séances d’entraînement, côtes et sorties longues, faites en grandes partie sur des parcours vallonnés ainsi que mes séances de « chaise » y sont grandement pour quelque chose. C’est rassurant pour la suite d’autant plus que je m’aperçois que les autres concurrents sont déjà largement « dans le dur ». D’ailleurs, 668ème au 7ème kilomètre, je suis maintenant pointé 208ème… soit 460 places de gagnées en 65km et 8h de course !

les-templiers-6Je continue à m’hydrater toutes les 10 minutes en alternant eau fraîche et boisson Isostar orange/citron. Bien souvent les boissons isotoniques deviennent écœurantes au bout de quelques heures de courses alors qu’ici je prends plaisir à la boire. Parfait ! Je profite des montées et des single tracks pour bien m’alimenter en dégustant par petit morceau mes barres et pâtes de fruits. Je découvre aussi un élément positif des trails avec du dénivelé : on a du temps pour bien s’alimenter. En complément, toutes les 2 heures environ, je prends 1 comprimé de BCAA qui est sensé limiter la dégradation musculaire, économiser le glycogène et limiter la fatigue centrale. Je prends aussi de l’Arnica en homéopathie pour compenser la fatigue musculaire. Je profite aussi pour regarder autour de moi les superbes lieux que nous parcourons, sentir le vent frais et les odeurs d’herbe fraîche. C’est incroyable comme cette prise de conscience « sensuelle » de ce qui m’entoure me fait un bien énorme en me remplissant d’énergie positive. Voilà encore un des bienfaits de la préparation mentale que m’a apprise Frederick Vergnas, coach mental pour Xrun.

Pour autant, je ne regarde pas le paysage autant que ce que je prévoyais. En effet, cela fait déjà une bonne quinzaine de fois que j’ai failli chuter en accrochant une racine ou une pierre, tout particulièrement dans les descentes rocheuses et pentues du parcours. Malgré le pare-pierre de mes New Balance, je me cogne violamment le gros orteil sur une pierre. Aïe ! Je constaterai à l’arrivée que l’ongle est noir. Dommage, il venait à peine de repousser ! Cela peut paraitre anecdotique mais habitué à une foulée rasante plus économique et aux chaussures le running type « route » donc plus légères, moins hautes et sans crampons, je ne lève pas assez les pieds. C’est sur un chemin large et relativement plat que j’accroche une pierre. Cette fois, je m’étale de tout mon long. Je me relève et repars tout de suite. J’ai quelques égratignures sur les mains mais c’est surtout le genou gauche qui a le plus souffert. Mon genou saigne mais c’est surtout la douleur sur la malléole qui m’inquiète. Est-ce qu’elle va tenir les 20 kms qu’il me reste à faire ? Après quelques minutes, la douleur disparait, plus de peur que de mal, mais je fais maintenant attention à bien lever les pieds.

A Massebiau, je remplis mes bouteilles pour partir à l’attaque de la très redoutée côte de La Cade. Les coureurs expérimentés disent que la course commence ici et qu’il faut donc arriver frais. Je comprends très vite que j’ai bien fait de ne pas taper dans mes réserves car dès la sortie du village, un petit chemin à flanc de colline nous amène sur une montée très sèche de 3,34 km et près de 500M+. Je fais une partie du parcours derrière un coureur venu de Normandie jusqu’au moment où il profite d’un petit élargissement du chemin pour doubler un groupe plus lent qui bloque le single track. Après 40 minutes d’effort, me voilà en haut du Cade. Je suis maintenant en 179ème position soit 29 places gagnées dans cette seule dernière montée.

les-templiers-7J’y retrouve mon camarade Normand qui s’éternise un peu. En ce qui me concerne, je prends 2 minutes (une éternité !) pour bien me ravitailler avec un morceau de banane et une date. On m’avait prévu mais la descente du Cade est vraiment difficile tant le chemin est long (2,3 km), étroit et pentu, justifiant sur certains secteurs l’utilisation de cordes judicieusement placées. J’en profite pour signaler ici la qualité de l’organisation tant en termes de balisage (vraiment exceptionnel) que de ravitaillement très bien achalandés et souvent placés dans de superbes vielles étables en pierre.

les-templiers-9Mais la course n’est pas terminé, il reste le terrible Pouncho d’Agaste : 1km avec 26% de dénivelé positif…en moyenne car il me faut parfois marcher à 4 pattes pour continuer à avancer. Je fais la monté avec mon camarade Normand qui m’a rejoint depuis et une coureuse qui terminera 16ème au classement féminin. Alors qu’on arrive en haut de la colline, il nous reste un peu moins de 3 kms de descente pour croiser la ligne d’arrivée et le passage par la célèbre grotte du Hibou. Un petit moment d’inattention et ma cheville droite part vers l’extérieur mais heureusement j’évite l’entorse. Je cours quand même les derniers kilomètres avec retenue.

img_9846Voilà la célèbre ligne d’arrivée des Templiers qui se présente devant moi. J’y retrouve enfin mon épouse et mes enfants, que je n’ai malheureusement pas pu voir sur le parcours, faute à des temps de passages que j’avais établi de façon trop pessimistes et aux nombreux bouchons sur les routes pour rejoindre les ravitaillements. Une dernière accélération et voilà la ligne d’arrivée passée en 9h52’ et une 153ème place au scratch (31ème VH1) soit près d’une trentaine de coureurs doublés sur les derniers 7 kms.

Tous les Xrunners auront été à la fête car malgré ses nombreuses pauses « naturelles », Martin termine en 10h07 et Frédérick en 10h59. 100% finishers, sans oublier notre Ambassadeur Vincent VIET qui termine à une superbe 6ème place au scratch. Vu le plateau présent, c’est juste ENORME !

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les-templiers-35L’objectif est rempli. J’ai passé un très bon moment dans une relative facilité, encore une fois grâce à une excellente préparation (merci @ mon coach Fréderic Lejeune). J’ai constaté avec plaisir que je n’étais pas un si mauvais grimpeur et que le dénivelé me plaisait. J’ai aussi gagné en expérience et en puissance que je pourrai utiliser sur les trails plats et plus courts sur lesquels je vais continuer de m’aligner. Par contre, je sais maintenant que je pourrai « monter » sur ce type de courses lorsque j’en aurai fini avec mes objectifs actuels.

 
les-templiers-37Place maintenant à la récupération (Compex, chaussettes de récupération, Saint-Yorre) sans oublier la bière (Templière), la saucisse et l’aligot J, et à la découverte de la superbe région.

C’est sûr, je reviendrai.