Ce trail est une boucle au départ de Lannion, de 78 km et 1000 m de D+, le long d’une des plus belles côtes de France (dixit les organisateurs, et je partage leur point de vue).

Depuis qu’Adrien m’a susurré l’idée farfelue que l’éco-trail de Paris en moins de 8 heures était à ma portée, j’avais besoin de vérifier que ce n’était pas une chimère et ce trail me semblait un bon test, d’autant plus que le parcours proposé semble magnifique.

La tactique est simple – en théorie : allure rapide les deux premières heures, gestion des cinq heures suivantes et retour à allure rapide sur la dernière heure. Je me suis fait un plan de course précis en conséquence, décomposant le parcours en 6 étapes de 13 km comme suit :

·        2h10 les 26 premiers km

·        1h15 pour les 13 suivants

·        1h30 pour les 13 suivants

·        1h30 pour les 13 suivants

·        1h15 pour les 13 derniers

Soit 7h40 en tout, ce qui me laisse 20 minutes de marge pour les ravitaillements, les imprévus (terrain difficile, tempêtes bretonnes…)

Bête et discipliné je suis, et démarre donc comme une flèche – à mon niveau s’entend – à une douzaine de km/h pendant un peu plus de deux heures, snobe le premier ravitaillement et surtout me ressource à la beauté des lieux, une alternance de camaïeux de gris et de bleus qu’illuminent des fulgurances jaunes et mauves – genêts et bruyères, en fleur déjà. Les passages sur la grève à marée basse sont superbes, sereins et intemporels et, par la sensation de plénitude qu’ils suscitent en moi, transfèrent leur énergie maritime et tellurique !

Un court moment d’éclairci sous un ciel lourd, mais dans une parfaite unité de lieu et de temps pour illuminer l’ocre des rochers de Perros-Guirec, dont la forme fluide et chaotique évoque l’atmosphère onirique es œuvres de Dali et Tanguy.

Le timing est parfait, je suis à mi-parcours à l’heure prévue, me recentre pour lutter contre une certaine fatigue musculaire qui sourd, jette un œil sur ma montre pour me rappeler mon prochain objectif et, focalisé sur celui-ci, continue le long de la côte de Landrellec, toujours émerveillé.

Au deux-tiers du parcours, je reste conforme à mes prévisions, mais la fatigue est maintenant bien installée, d’autant plus que se concentre, dans les quelques kilomètres qui suivent, une grande part des dénivelés du parcours.

Mon rythme baisse inexorablement, je sens poindre des crampes, et passe progressivement du mode « plaisir » au mode « volonté de fer » (mais à aucun moment je me suis approché du mode « survie », loin s’en faut : les vertus d’un l’entraînement de qualité!).

Par chance, au dernier ravitaillement, à moins d’une dizaine de kilomètres de l’arrivée, je suis doublé par un traileur, Yannick, fatigué lui-aussi bien sur (et je pense que nous le sommes tous à ce moment-là), efficacement encouragé par sa compagne, qui, dans un bel élan de générosité, m’encourage également, et que je remercie très chaleureusement!

La bête repart donc, plein d’entrain, le long du chemin de halage du fleuve Le Léguer, en passant par deux courtes mais raides montées – la seconde jusqu’au pied de l’église de Brélévenez, qui offre un beau point de vue sur Lannion. A moins d’un kilomètre de l’arrivée, je double Yannick – qui, stimulé par cet « affront », accélère et me coiffe au poteau, à 6 secondes devant moi – dans une fraternelle et joyeuse émulation, bravo Yannick!

Je termine heureux et content de moi, après 7h 44 de course (pour 7h40 prévues hors pauses …). Je suis bien obligé de reconnaître qu’Adrien avait raison (merci infiniment pour ta patience et ton attention pour piloter la bête rétive). Et merci également à Anaëlle pour m’aider à construire un mental à toute épreuve, ou presque.

Il me reste à confirmer cette performance le 18 mars à l’éco-trail de Paris ! En route vers de nouvelles aventures ….