Cueilleurs de pâquerettes

Dernier dimanche de septembre, colline d’Alésia départ du trail éponyme dans 4 mn pour 25 km. Beau soleil qui me plonge quelques années en arrière.

Mardi 25 mars 2014 assis pour la première fois dans la salle d’attente d’un cabinet de kiné à Issy les moulineaux ; Fip en sourdine. Les errances médicales depuis le dernier marathon en octobre 2011 m’y ont conduit presque par hasard à la recherche d’une solution. Celle qui me permettra de reprendre le chemin du bitume, du tartan et de mon record personnel sur la distance mythique. Je me suis égaré depuis 2 ans dans le dédale des périostites, contractures, déchirures aponévrosites et autres fractures de fatigue.

Top départ. Mais qu’est ce que je fais là moi le parisien forcené amoureux du bitume, du périph et des quais de seine. On ne m’y reprendra pas; dés que je finis cette ballade à la campagne je file voir Adrien pour lui demander un plan sérieux pour taper les 3h30 sur Berlin. Un mec sympa me reçoit la cinquantaine, me demande de lui expliquer le pourquoi de ma présence.

Je vais encore devoir répéter ce que j’ai déjà raconté à des dizaines de toubibs, kinés, coureurs. Quelle purge ! Ma femme a raison, le mieux finalement c’est d’arrêter la course à pied. Bon allez un effort, on ne sait jamais, même le meilleur peut arriver et puis après tout il a l’air sincère le grand mec devant moi un peu dégarni.

Ils partent tous comme des balles, çà déboulent à droite et à gauche. Il faut que j’arrête de rêvasser et que j’embraye. Premier virage à gauche, ligne droite légèrement en pente ; on est sur le bitume. Charmant comme tout ce petit village, mais çà descend raide quand même. Il m’avait pas dit un truc le coach sur la descente ? Je ne me rappelle pas bien mais bon allez j’ai assez traîné il faut que j’envoie maintenant. J’ai envoyé, mais trop tôt, trop froid……trop con finalement. Douleur aigüe à l’ischio gauche. Je ralentis, me maudis un bon coup.

Discussion sympa, on parle course à pied, Blaise Dubois, minimalisme, conditions d’entraînement, progressivité, clubs et coachs amateurs. Mes conditions d’entraînement passées le laisse pantois. Le nec plus ultra de la « blessitude ». Nous prenons date pour engager un programme de soins me permettant une reprise rapide de la course à pied et des compétitions. Je me vois déjà en haut de l’affiche au départ de Berlin, Venise, New York ou Boston. C’est quand même bon de rêver non ?!

 Putain mais quel con. Rue de Rivoli çà ne serait jamais arrivé une ânerie pareille. Sur la route on descend pas comme des brutes au bout du deuxième kilomètre ! Je le savais, je n’aurais pas du venir sur cette course. La Tendinix qu’elle s’appelle. Un nom pareil çà porte la scoumoune. Et en plus il s’est fait raccourcir le Vercingétorix sur ces terres. Ca va un peu mieux, l’ischio s’est rendormi et on a enfin fini de descendre. Court répit. Maintenant çà monte, bien raide et çà semble bien long. Voilà que je marche. La honte sidérale, de toute ma vie çà n’est jamais arrivé. MARCHER sur une course. De toute manière difficile de faire autrement, pas envie de me cramer et ils ont l’air de faire TOUS çà les cueilleurs de pâquerettes à l’exception de quelques barbeaux que je doublerai finalement quelques kilomètres plus loin. Finie, la côte on peut enfin passer aux choses sérieuses et attaquer un long sentier sur le plat. L’ischio se rappelle à mon bon souvenir mais je l’ignore royalement. Il s’en souviendra. Et voilà c’était trop beau les grands espaces plats, une nouvelle grimpette bien raide nous conduit au premier ravitaillement. Celle là pas de pitié,je vais me la faire en courant. Assez de ramasser les fleurettes en marchant.

Petite erreur du routier qui se voyait plus beau qu’il n’est. Caramélisé, dispersé, ventilé, ruiné et au bord de l’implosion je suis au premier ravitaillement.

18 mois ont passé depuis ce mois de mars 2014. Pas de Berlin ni de Boston mais aux périostites ont répondu les ondes de chocs. Aux déchirures les massages. Aux tendinites les MTP. Aux fractures de fatigue le repos. On en a bien bavé avec le grand type au crâne un peu dégarni. Il a dû perdre quelques cheveux de plus, à trouver une solution pour que je reprenne la route du macadam. Désespéré que j’ai été par moment, je me suis remis à mes amours de jeunesse en enfilant les longueurs de bassin, acheté un vélo pour tourner comme un hamster à Longchamp.

Un verre d’eau, deux pâtes de fruits me voilà frais comme un gardon (enfin je croyais l’être) pour en finir avec cette course qui n’en est pas une. « C’est vrai quoi dans une vrai course, on ne marche pas, on ne s’arrête pas au ravitaillement pour manger du fromage… » On attaque une série de montées et de descentes. Un petit groupe s’est formé que je ne désespère pas de décrocher à la faveur d’un terrain plus propice. Une pente bien plus raide arrive. C’est pas encore gagné cette affaire. Je n’en décrocherai pas un. Mains sur les cuisses nous avançons péniblement. Les galériens d’Alésia enchaînés promis à un destin funeste. Le cardio s’emballe. Gros coup de mou. Qu’est ce que je fais là ? Pourquoi je ne suis pas resté chez moi à écouter Miles Davis dans mon fauteuil. J’en suis là de mes réflexions lorsque je sens la pente s’adoucir et miracle le plateau est là. Nous déroulons sur des sentiers au travers de la forêt. Pas mal, je retrouve mes jambes et commencent à gambader sérieusement et décrocher quelques uns de mes camarades galériens. La correctionnelle ne tarde pas au détour d’une racine mal positionnée. « C’est quand même pas normal de cacher des racines sur une course  ! Dans la ligne droite du bois de Vincennes au marathon de Paris je n’en ai jamais rencontrée ». Bref, pied dans Racine, galérien transformé en superman à l’horizontale mais sans sa cape. Heureusement Vercingétorix veillait et me récupère par une figure athlétique manquant certes d’élégance mais à tout le moins efficace pour me propulser sur les deux coureurs devant moi et les doubler sans coup férir.

Septembre 2015 tout est à peu près rentré dans l’ordre. Plus de douleurs. Nous décidons de reprendre la course à pied. Et revoilà Blaise qui pointe son nez. Du Blaise Dubois pendant 3 mois pour qui connaît c’est juste insupportable, mais ……….çà fonctionne. Trois mois de purge et un mois supplémentaire sponsorisé par mon kiné préféré pour assurer. Tout est ok. Capital confiance pour attaquer enfin les 3h30 sur le macadam.

La catastrophe évitée je reprends mon rythme, me fixe l’objectif de taper rapidement le couple devant moi. Que nenni les bougres avancent de concert et se défendent vaillamment. Un coup d’oeil au kilométrage. Dix huitième. Encore un gros kilo et je vais pouvoir souffler un peu. Un petit coup de rein, je passe le couple à la faveur d’un léger faux plat descendant (merci Adrien pour les cours de descentes). Ravitaillement. Je suis un peu cuit mais encore lucide pour me jeter sur les pâtes de fruit et la bouteille d’eau. Le couple diabolique ne s’arrête pas et s’éloigne doucement. Shit ; tout ce boulot ruiner pour une douceur.

Fin d’année 2015, j’arrive au bout de mon périple Blaisien. Je me sens d’attaque pour reprendre le chemin du tartan. «Et si tu faisais un peu de renforcement musculaire tranquillement à la session trail du samedi ? me glisse perfidement le kiné » « Tu verras c’est sympa on se prend pas la tête on respire le bon air et comme çà tu te renforces tranquillement pour reprendre encore mieux au bout de 4/5 mois ». Bon ok, va pour batifoler dans le parc de St Cloud quelques mois. Mais après craché juré, objectif 3h30.

Pâtes de fruits et verre d’eau engloutis, je repars difficilement avec la sensation de ne pas être au top. Les ischios gauche et droit crient leur détresse. Un coup d’oeil au chrono, c’est pas tout çà mais le temps passe et je voulais boucler la promenade en moins de 2h30. 50 m de bitume et l’on rejoint un long chemin à flanc de coteau. Je suis sérieusement entamé et serre les dents. La lucidité me fait défaut, je me retrouve englué dans un paquet de coureurs ; qui avancent en marchant, qui avec des bâtons, qui à l’air détendu et qui est en surpoids. Coup au moral, avant de comprendre que nous rejoignons la course de 16 km. Ah celle là on ne me l’avait pas encore fait ! Rattraper une autre course. Décidément ils sont bizarres ces trailers. La dernière montée, se profile on entend les clameurs de la ligne d’arrivée. J’aperçois mon couple favori à portée de fusil. Un coup de rein pour essayer de les passer avec le peu d’énergie qu’il reste. Pas réussi à les toper avant la montée. C’est mort la montée est trop raide, file indienne, souffle court, mains sur les cuisses. Les amants infernaux (peut être pas après tout ?!) sont à deux places devant. Le chrono me confirme que l’ objectif des 2h30’ est cuit. Dernier faux plat, dernière cartouche, derniers gémissements des ischios, je me jette et passe enfin le couple 10 m avant la ligne et j’en fini avec cette galère. 2h39’, suis assez déçu de ne pas avoir tenu mon objectif. Mais bon cette affaire est quand même terminée et sans trop de casse ! On ne m’y reprendra plus « Je suis venu, j’ai vu, je n’ai pas vaincu » Ave Cæsar morituri te saluant. Maintenant cap sur le semi de Boulogne pour dérouler du ruban noir le long de la seine. De la course de la vraie ; pure et dure. Enfin !

20 novembre sas des 1h45 semi marathon de Boulogne départ dans 4 mn. Pas de soleil, du vent par rafale. La foule, les minettes en combi rose fluo, les mecs équipés pour la guerre du golfe…. Je me suis inscris, j’en ai rêvé mais j’aurai pas dû venir, j’ai en tête l’objectif du mois de mai avec la Marathon Race.  Finalement on s’ennuie à mourir sur la route. Vive le trail.

Merci à Philippe, Adrien et tout le groupe de m’avoir accueilli.